Film Bastardo: Un Microcosme agréablement laid de la société

 

film-bastardo-062013Une ruelle sombre comme il y’en a tellement à Tunis, avec des bennes à ordures entrouvertes, des chats qui s’y échappent et un froid qui s’accentue dans une impasse désertique. Un employé sort par la porte arrière d’un restaurant pour fumer sa clope. Un cri de nouveau-né se fait entendre dans la poubelle toute proche…

C’est ainsi que commence le nouveau film de Nejib Belkadhi « Bastardo », un film qui énonce ses couleurs depuis le début ; froid, laid, tendre, méchant, injuste et sombre…

L’avant première du deuxième long métrage du réalisateur Nejib Belkadhi s’est déroulée en début de semaine en présence des acteurs du film. Le réalisateur Ferid Boughdir s’est chargé de présenter le film aux journalistes et invités avant que la salle de cinéma ne soit envahit par la lumière de l’écran :

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Le film suit les périples de Mohsen « Bastard »o ou le Bâtard, le jeune trentenaire ramassé dans la poubelle, des années auparavant, et adopté par un quartier pauvre, régit par une famille de mafieux qui font payer ses habitants en échange de leur protection. Ce quartier est en lui-même un microcosme, un univers à part dans lequel les rênes du pouvoir sont sollicitées et chacun cherche à arracher sa place.

La vie du personnage principal vire à 180 degré quand on installe un relais d’antenne GSM sur le toit de sa maison. Désormais Mohsen (Monoom Chouayet) n’est plus le Batard méprisé, mais le nouveau chef du quartier qui va faire de l’ombre à Larnouba (Chedli Arfaoui) et sa mère (Lassaad Ben Abdallah) qui faisaient régner la loi.

Ceux qui étaient amis auparavant vont devenir les pires ennemis. L’un poussé par sa quête de l’estime des autres et l’argent, l’autre bousculé par sa mère, avide de contrôle et de pouvoir. Entre les deux oscille Bent Essengra (Lobna Noomene), amoureuse du premier, amante du deuxième, elle va faire basculer la balance, et c’est finalement grâce à ses interventions que le destin de l’un et de l’autre se dessine…

Quand le moche devient esthétiquement captivant

Il est nul doute que le point fort du long métrage « Bastardo » est la force de l’image qui t’affecte par sa cruauté et sa laideur. Le personnage de Kahdhra, la mère de Larnouba qui est interprétée par l’homme de théâtre Lassad Ben Abdallah est surprenante. Cruelle et machiavélique, le réalisateur la qualifie de mante religieuse et d’araignée, boucher de son état c’est elle qui contrôle son fils Larnouba, qui n’est malheureusement pas à l’image du méchant et manipulateur qui fut son mari.

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Larnouba, est sous ses airs dures et imposants est un personnage sensible et délicat qui veut satisfaire sa mère et suit ses directives. Il aime les animaux et est épris du drôle de personnage “Bent Essengra”, une jeune fille qui a la particularité d’attirer les insectes. Amoureuse de Mohsen, cet amour ne déviera pas malgré que ce dernier la rejette systématiquement.

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C’est grâce à elle que Mohsen, verra son ascension. En essayant de tuer Larnouba, elle fait de Mohsen, le nouveau chef du quartier qui impose sa loi et fait payer les habitants contre l’accès au réseau. Si au début on s’attache à Mohsen, le jeune orphelin, rejeté et rabaissé, ce sentiment vire avec l’évolution des faits.

Plus Mohsen devient riche et plus il devient cruel et froid. Plus il a du pouvoir, et plus il faiblit physiquement et vieillit… une métamorphose due aux émissions de l’antenne ou aux changements dans la vie du personnage, le réalisateur ne révélera pas pourquoi.

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Le réalisateur Nejib Belkadhi déclare que l’écriture de ce film lui a pris 6 ans de sa vie. Un film plein de métaphores subtiles même si le réalisateur insiste sur le fait que ce n’est qu’une fiction. Le film tient le spectateur en haleine jusqu’au bout avec une fin improbable. Il est l’ambassadeur de la nouvelle vague de cinéma tunisien qui s’ouvre sur le marché international et qui a de fortes chances d’arracher sa place de part son langage universel.

Vous pouvez le voir à partir du 08 décembre dans les salles Cinémadart Carthage, Alhambra La Marsa, Rio à Tunis et Amilcar à El manar.

 

Sara Tanit

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