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Tunisie : Quand le ministre de la Culture trahit la culture
Un ministre de la Culture qui ne défend pas la Culture. Un ministre qui juge des oeuvres via les intox qui circulent sur Facebook. Cela existe. Il s'appelle Mehdi Mabrouk et cela se passe en Tunisie « post-révolutionnaire».
Des œuvres ont été détruites au Palais Abdellia dans la nuit du dimanche à lundi 11 juin. Mardi 12 juin, le ministre de la Culture Mehdi Mabrouk décide de fermer le Palais, lieu de la manifestation culturelle, et de porter plainte contre de l'association organisatrice de l'exposition d'art plastiques «Printemps des arts» à la Marsa. Une décision qui restera dans les annales de l'Histoire de Tunisie.
«Des œuvres font actuellement l'objet d'une enquête judiciaire.» lance-t-il lors du point de presse tenu hier au Palais du gouvernement à la Kasbah, avant d'ajouter : «Nous avons aussi décidé de porter plainte contre l'association organisatrice de la manifestation Printemps des arts». On croit bien rêver, mais c'est un véritable cauchemar que nous fait vivre Mehdi Mabrouk. Celui qui porte désormais le surnom de «ministre de l'aculture » ou encore le « sinistre de la Culture » sur les réseaux sociaux, a choqué les Tunisiens avec ses propos surréalistes. «L'art doit être beau mais n'a pas à être révolutionnaire.» Retenez-bien cette phrase, vous pouvez l'utiliser pour justifier l'ignorance. «Beaucoup d'artistes exposés sont autodidactes, et n'ont pas fait d'école d'art» précise-t-il maladroitement. Devrions-nous vous rappeler, M. le ministre de la Culture, que Van Gogh est autodidacte ? Devrions-nous empêcher ceux qui n'ont pas fait d'école d'art d'exprimer leur créativité ? Auriez-vous oublié que votre ministère, et pour encourager ces jeunes artistes, a décidé d'acheter 4 tableaux exposés dans cette manifestation ?
Ce matin, sur les ondes de radio Shems Fm, Mehdi Mabrouk s'enfonce encore plus. Interrogé sur ces œuvres qui «portent atteinte au sacré», le ministre de la Culture évoque une toile qui a fait le tour des réseaux sociaux mais qui ne fait pas partie de l'exposition Printemps des arts selon Le secrétaire général du syndicat des artistes plasticiens Amor Ghedamsi. «Ce tableau est exposé actuellement au Sénégal» affirme-t-il. Nous voilà rassurés sur la compétence de nos ministres qui se fient aux intox qui circulent sur Facebook pour gérer le pays.
Mehdi Mabrouk n'a pas fait que décevoir les artistes avec ses propos, il a choqué les Tunisiens. Les Tunisiens qui l'ont cru quand il déclarait en décembre 2011, «Aujourd'hui, pas de tutelle sur la culture en Tunisie. La politique culturelle ne reflétera les orientations d'aucune partie, mais sera l'expression d'une culture libre qui contribuera à l'essor artistique du peuple de la révolution. Pas question de restrictions concernant les créateurs et les acteurs culturels». C'était beau, mais il a fallu que des salafistes, grands amateurs de peinture et fins connaisseurs d'art plastique, attirent l'attention de ce ministre 'indépendant', sur de «piètres œuvres» qui «portent atteinte au sacré» et les «provoquent».
Monsieur le ministre de la Culture, quelques questions me taraudent et je ne peux m'empêcher de vous les poser : Avez-vous vu les œuvres exposées et jugées blasphématoires avant de les condamner ? Comment juge-t-on qu'une œuvre porte atteinte au sacré ? Est-ce que la sensibilité des salafistes est devenue la nouvelle tutelle sur la culture en Tunisie ? Et demain, allez-vous interdire aux femmes de chanter parce que cela provoque les salafistes ? Monsieur le ministre de la Culture, êtes-vous conscient du mal que vous faites à la culture en Tunisie ?
Sarah Ben Hamadi
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