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Amine Chiboub : «La nouvelle vague du cinéma tunisien arrive»
Amine Chiboub est un jeune réalisateur et producteur. On l’a rencontré durant le Festival de Cannes, où son dernier court-métrage «Pourquoi moi» est projeté au Short Film Corner.
Diplômé de l'ESRA (Ecole Supérieure de Réalisation Audiovisuelle) à Paris, Amine Chiboub compte 3 courts-métrages à son actif :«Contretemps», réalisé en 2006, «Obsession» en 2009 et «Pourquoi moi?», son dernier film, présent au Short Film Corner pour la 65ème édition du festival de Cannes.
Quand il était jeune, Amine Chiboub ne pensait pas faire du cinéma son métier. «C'est un véritable coup de chance !» assure-t-il. A l'école, il s'ennuyait: «Je n'ai jamais été passionné par les études. Je ne savais pas du tout ce que je voulais faire». Mais c'est en participant au film de «Al Kotbia» de Naoufel Saheb-Ettabaa en 2001, que son avenir sera déterminé. «On m'a mis en stage forcé sur ce film, j'ai trouvé cela très dur, mais j'ai vraiment adoré».
Aussitôt, Amine décide de faire du Cinéma. Après l'obtention de son baccalauréat, il s'inscrit à l'ESRA à Paris. Diplôme en poche, il rentre en Tunisie, enchaîne les stages, devient assistant à la réalisation avant de commencer à réaliser ses propres films. En 2009, il crée sa boîte de production «Atlas vision».
Le cinéma fait rêver, «mais il n'y a pas que ça» avoue Amine Chiboub. «Là on est à Cannes, on a tendance à penser que le cinéma c'est les paillettes, le rêve, oui ça l'est. Mais si nous faisons ce métier c'est par passion. C'est réellement un métier difficile, il n'y a pas vraiment de sécurité, on ne sait pas trop où est-ce qu'on va». Faire des films, ce n'est pas simple «Entre un moment où t'as une idée sur le papier, et le moment que tu la réalises, il peut se passer des années. Mais on est tous des passionnés, et même si c'était plus dur que ça, je pense qu'on l'aurait quand même fait», assure-t-il.
Très peu de films, très peu de salles, les difficultés du cinéma tunisien sont multiples. Pour Amine Chiboub, la première raison est le manque de moyens de financement ; limités et concentrés essentiellement au ministère de la Culture qui reste le premier soutien du cinéma tunisien. «Les entreprises privées ne sponsorisent quasiment pas ou très peu les films. Les télévisions tunisiennes n'achètent pas et n'encouragent pas». Autre problème, non des moindres, le cinéma ne fait pas vivre. «On a un problème pour vivre de nos films car on n'a qu'une dizaine de salles de cinéma en Tunisie».
Membre du nouveau bureau de la chambre syndicale des producteurs de films, il avoue que le travail de ce dernier sous l'ancien régime n'était pas évident. «On avait un syndicat des producteurs, mais je dois avouer que c'était très difficile d'exiger ou de trouver une oreille attentive auprès du gouvernement quand celui-ci était contre la Culture et qu'il voyait dans le cinéma un danger potentiel». Après la révolution, il est plutôt optimiste, et grâce à la liberté d'expression acquise et la «liberté tout court» il pense qu'on peut enfin travailler sur de bonnes bases même si'«il y a un danger réel avec le gouvernement en place à majorité islamiste». Il estime que les intentions de l'actuel gouvernement dominé par le parti Ennahdha sont très claires« ce sont dictateurs qui n'agissent pas comme ils le souhaitent aujourd'hui car la société civile est présente, elle est très vigilante, et heureusement d'ailleurs car notre opposition est déplorable et pitoyable, et véritablement, elle ne fait pas le poids». Amine tape sur le gouvernement mais épargne tout de même le ministre de a Culture Mehdi Mabrouk : «On a de la chance d'avoir un ministre de la Culture qui est attentif aux besoins des cinéastes. Nous l'avons rencontré à plusieurs reprises, il est sensible à l'état du cinéma aujourd'hui et il veut nous permettre de travailler sur de bonnes bases et mettre en place des réformes qui, je l'espère, nous permettront d'avoir un meilleur cinéma, avec une meilleure gestion et une meilleure organisation ».
Amine déplore que le cinéma tunisien n'ait pas su renouveler «Pendant plusieurs années, nous avons eu les mêmes réalisateurs. Quand on les regarde de près, on voit que la moyenne d'âge tourne autour de 50-60 ans. Il y a quand même une fissure importante entre les générations et c'est ce qui a fait que le cinéma ne s'est pas vraiment renouvelé», avant d'ajouter : «Je n'ai absolument rien contre le cinéma de nos aînés, au contraire, je trouve que c'est un cinéma nécessaire, mais nous avons besoin d'une nouvelle vision, une nouvelle manière de faire pour diversifier le genre. Il y a de la place pour du divertissement, les comédies romantiques, des films policiers, des thrillers, etc.». Il compte sur la nouvelle génération pour renouveler le cinéma tunisien. «Il y a aujourd'hui une nouvelle vague de réalisateurs qui arrive, Préparez-vous !»,lance-t-il en souriant.
Depuis Cannes, Sarah Ben Hamadi
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