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Tunisie : L’attentat du Mroufez algérien

«C’est pas la merde qui prend l’homme mais l’homme qui prend la merde» dixit Baaziz. Un «chanteur engagé et parfois dégagé» comme il se présente lui-même, en une allusion aux annulations intempestives …

«C’est pas l’homme qui prend la merde, c’est la merde qui prend l’homme» dixit Baaziz. Un «chanteur engagé et parfois dégagé» comme il se présente lui-même, en une allusion aux annulations intempestives de ses concerts. On ne compte plus les victimes de son attentat musical.

«Mroufez», c’est comme ça qu’il est surnommé en Algérie. Il n’a peur de rien et tire sur tout ce qui bouge. C’est qu’il a la gâchette (verbale) facile. Et personne n’y échappe : artistes, politiques et autres personnalités publiques doivent faire face à un feu nourri de sarcasmes. Un véritable attentat musical permanent. «Pour ceux qui me connaissent pas, je m’appelle Baaziz…Baaziz Presley pour les intimes» ainsi s’est présenté le chanteur algérien au public d’El Teatro lors de son concert, samedi 27 février 2010. Après une intro musicale, Baaziz a fait son entrée sur scène. Entre blues et musique savante, Mohamed Rouane, au mandole, a embarqué le public dans une belle évasion sonore. Dans ce voyage si particulier, il avait comme co-pilotes le français Didier Marty au saxophone et son compatriote Mostapha aux percussions. Guitare en main, Baaziz a rejoint le trio à 19h55, quelques minutes après le début du concert. Fidèle à sa nature indomptable, Baaziz n’a pas manqué sa cible.

Mais si l’artiste se distingue par son ironie décapante et sa rébellion contre l’injustice, la bonne humeur et la spontanéité restent ses mots d’ordre. Entre spectacle humoristique et musical, Baaziz partage avec le public des anecdotes de son vécu pour alterner entre concert musical et stand up théâtral. Il commence le concert avec un morceau dédié à la mémoire de son père. Même si la dédicace se devrait d’être sobre, Baaziz n’a pu s’empêcher de raconter une anecdote truculente. Et les parenthèses sont toujours là pour évoquer, avec un subtil zeste d’humour, des sujets gravés dans le passé de l’Algérie et frôlant les lignes rouges. Cet artiste a vécu ce passé douloureux quand il était enfant. Avec ses jeux de mots, il arrive tout de même à en faire rire le public. «A l’époque, le principe était : on est tous égaux sauf les fils des généraux».

Musicien à gâchette facile

«Romeo et Juliette-Love in Algeria», «The Best», «Je m’en fous», «El Bandia Wled Le7ram», «Jbel Ma Bin Lejebel», le répertoire de Baaziz se manifeste dans sa diversité. Le public était enivré. Il s’est même converti en chorale lors de l’incontournable balade de Chaabi algérien, «Chilet La3iani». Baaziz a aussi satisfait les nostalgiques des chansons françaises avec des reprises de Renaud et de Georges Brassens (L’Auvergnat, par exemple). Le refrain de Renaud «C’est pas l’homme qui prend la mer, c’est la mer qui prend l’homme» revu par Baaziz, cela donne : «C’est pas l’homme qui prend la merde, c’est la merde qui prend l’homme». Il a même chanté une version satirique en dialecte algérien du morceau «Hexagone» de Renaud. «Rock Collection», le morceau culte de Laurent Voulzy avec le fameux refrain «Et les Beatles chantait un truc qui me colle encore au cœur et au corps» est aussi repris par Baaziz. Histoire d’égratigner quelques artistes et célébrités au passage. Ainsi, George Bush, par exemple, chante le Rock’n’Roll et scande le «Boom Boom Boom Boom» à la Elvis Presley. «Aicha» de Cheb Khaled est devenue «Heycha» [bête, traduction littérale en arabe dialectal, NDLR].

Baaziz fait même participer le public. La règle du jeu est simple : à chaque fois qu’il chante la phrase «Elle est passée à côté de moi», le public lui pose la question «C’est quoi ?». «L’intelligence» ironise le chanteur. Et ce n’est pas uniquement Khaled qui est lynché. Cheb Mami, Faudel et même des anciens tels que Rabeh Deriassa en prennent pour leur grade. Quand le contestataire se retrouve confronté à des sujets disons, «délicats», il recourt à des personnages virtuels, pour éviter de prononcer certains noms. C’est ainsi que Super Mario, personnage culte de Nintendo, est devenu son ennemi préféré. Baaziz est clairement un «chanteur engagé et parfois dégagé» comme il se présente lui-même, en une allusion limpide aux annulations intempestives de ses concerts.

L’autodérision, arme de précision

C’est que notre ami manie aussi l’autodérision comme une arme de précision. Le Mroufez raconte : «Une fois, j’étais complètement fauché. Et il y avait quelqu’un, un homme d’affaires tunisien très connu» Au début, il évite de citer les noms. Pour moins d’ambigüité, il dévoile au public qu’il s’agit «des propriétaires de Nessma TV». «Ils m’ont contacté pour les droits d’«Algérie mon amour» pour une pub. Au début je leur ai dit impossible : «C’est une chanson qui sort de mes tripes, c’est une chanson qui est chère à mon cœur» se souvient-il. Mais il raconte que dès qu’il a vu le chèque et vu qu’il avait les poches vides, il a fini par lâcher : « faites en ce que vous voulez. Même si vous voulez la prendre pour le générique de Tom & Jerry» !

Les flèches de Baaziz n’épargnent même pas ses propres musiciens. Cravaté, l’excellent musicien Mohamed Rouane est tourné en dérision pour son air très politiquement correcte. «Tu es français tu ne peux pas comprendre» dixit le chanteur à Didier Marty, le saxophoniste du quatuor. Mais c’est le percussionniste, Mostapha, qui a supporté le plus les taquineries du chanteur.

Les chanteurs tunisiens ? Pour Baaziz, ils sont loin d’avoir les pieds sur terre, avec leurs morceaux qui ne parlent que de «lune, d’amour, de soleil…». Même si son répertoire est somme toute un peu poussiéreux, ses chansons ont toujours du succès. L’ambiance intimiste mixant humour du stand up et densité de la musique engagée renforce cet aspect éclectique. En attendant que ceux qui ont du mal à garder les pieds sur terre soient…dégagés !

Thameur Mekki

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