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Tunisie : L’avocat de la censure poursuit Nadia El Fani en justice

 

Les mécréants sont libres…de vivre en sourdine. La Révolution a beau délier les langues, les tabous d’autrefois ne changeront pas un iota. L’ATI et Nadia El Fani en ont fait les frais. Et certains de nos avocats veulent redéfinir les lignes rouges de la liberté (prétendument) responsable. Alors que le peuple a brisé les chaînes de l’omerta.

Les mécréants sont libres…de vivre en sourdine. La Révolution a beau délier les langues, les tabous d’autrefois ne changeront pas un iota. L’ATI et Nadia El Fani en ont fait les frais. Et certains de nos avocats veulent redéfinir les lignes rouges de la liberté (prétendument) responsable. Alors que le peuple a brisé les chaînes de l’omerta.

ni-allah-ni-maitreLe film « Ni Allah ni maître » de Nadia El Fani n’a visiblement pas fini de déverser son lot de polémiques. La réalisatrice semble avoir ouvert une boite de Pandore qui était hermétiquement scellée et savamment cloitrée dans les apartés débités sous seing privé. Mais les temps ont maintenant changé. Sauf que le vent de liberté qui a ravitaillé les espaces d’expression dans le pays n’est pas encore sans souffler quelques airs de sirocco. En effet, le débat sur les croyances religieuses s’est invité sur le grand écran, sous les auspices de notre Ministère de la culture. Nadia El Fani y a fait sans ambages l’apologie de l’athéisme. Un message qui a, tant bien que mal, passé non sans hérisser les poils des conservateurs bon teint. Et voici qu’un trio d’avocats lance un procès contre la réalisatrice pour délit de profanation.

Parmi les plaignants, on relèvera le Me Monaem Turki, l’homme qui était à l’origine de la plainte portée contre l’Agence Tunisienne d’Internet (ATI) pour la fermeture des sites à caractère pornographique sur le web tunisien. A se demander si nos avocats, longtemps considérés comme étant les chantres incontestés des libertés individuelles,  sont en train de déroger à leur vocation, une fois que les Tunisiens ont brisé les chaînes de l’omerta.

 Qui est l’avocat du diable?

 «Je n’ai pas regardé le film de Nadia El Fani, mais j’ai pu constater à travers les articles de presse qu’il porte atteinte à nos valeurs et s’attaque frontalement à la religion Musulmane. Nos lois condamnent ce comportement, et c’est pour cela que j’ai saisi la justice dans le but d’arrêter la projection du film» déclare Me Turki dans l’émission «Fadha horr» de Hannibal tv. L’avocat dénonce sans concession le financement des œuvres cinématographiques appartenant à ce registre et qualifie le film d’un navet de bas étage. Sans foi ni loi. Et sans le voir!

Mais quand on lui pose la question, il rétorque avec tergiversation : «Je n’ai pas d’éléments indiquant que le film ait été subventionné par le Ministère de la culture, mais il y a pas photo, Nadia El Fani n’est pas capable de commanditer en propre un produit aussi dispendieux». Et l’agence Tunis Afrique Presse a dissipé l’embrouillamini sans manquer d’apporter de l’eau au moulin de Nadia El Fani dans un communiqué exprimant que le Ministère de la culture n’a consenti aucune aide financière à la réalisatrice pour le tournage de son film.

Par ailleurs, et pour étayer son propos, M. Turki a cité la censure du film de Jean-Luc Godard intitulé «Le petit soldat» pointant du doigt les sévices perpétrés par l’armée française contre le peuple algérien. Or, il ne s’agit pas là du même cas d’espèce, d’autant plus que la religion relève du choix personnel, alors que l’échantillon dont l’avocat s’est servi pour appuyer son point de vue écornait l’ensemble des principes républicains de l’ancien colon du pays d’un million de martyr.

Justice, entre sacré et sacrilège!

Après l’affaire de l’ATI et la purification de la Toile de l’art à Rocco Siffredi, des avocats s’en prennent désormais aux salles obscures. De là à dire que les libertaires de jadis deviennent les liberticides d’aujourd’hui, il n’y a qu’un pas, que certains gens de robe ont allégrement franchi. Quitte à troquer la toge de Robinet contre le bâton du justicier. En d’autres termes,  une poignée de ceux qu’on croyait fervents défenseurs de la veuve et de l’orphelin, se veulent maintenant garants de la préservation des préceptes religieux et des bonnes mœurs. Et ceux qui y font fi garderont leurs idées aux vestiaires…au risque de se faire traduire en justice. Motus et bouche cousue! Révolution, dites-vous?

 

 

Mohamed Jebri

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