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Exposition Costumes en scène : mémoires du cinéma tunisien : le fil qui sépare l’écran du souvenir

Exposition ‘Costumes en scène : mémoires du cinéma tunisien’ : le fil qui sépare l’écran du souvenir

La 8ᵉ édition du Gabès Cinéma Fen a proposé aux visiteurs une expérience sensorielle inédite, mêlant cinéma et mémoire. À travers l’exposition ‘Costumes en scène : mémoires du cinéma tunisien’, présentée par Salah Barka, assisté par Rim Abbess, des films tunisiens prennent forme à travers leurs costumes emblématiques.

Les films et les costumes, une histoire qu’on ne dissocie pas

Les films sont faits de scènes, d’acteurs, de dialogues, d’accessoires, de vêtements, de décors, mais aussi de couleurs et d’émotions. Le cinéphile s’imprègne de tous ces éléments pour s’approprier l’œuvre et en construire ses propres impressions.

Parmi ces composantes, le costume occupe une place centrale. C’est à travers lui que se construit l’identité du personnage et que se dessinent les traits essentiels de sa personnalité.

De nombreux acteurs ont incarné James Bond, Robin des Bois, Obi-Wan Kenobi ou encore Dark Vador au cinéma. Si leurs visages peuvent parfois s’effacer de la mémoire, leurs costumes, eux, restent inoubliables : le costume trois pièces élégant de James Bond ou la cape noire emblématique de Dark Vador en sont des témoins.

Dans le cinéma tunisien, la mémoire collective a également été profondément marquée par des costumes devenus iconiques. Certaines affiches ont contribué à les immortaliser. Les redécouvrir, soudainement, au cœur de la pénombre, constitue un véritable voyage dans le passé, une plongée au cœur des souvenirs.

Redonner vie à des films qui ont marqué l’histoire du cinéma tunisien

Une seconde vie s’offre aux films à travers leurs costumes, mis en scène dans cette exposition. Suspendus sur des cintres ou portés par des mannequins, ils racontent l’histoire de robes et de tenues marquantes.

Ici, le tissu dépasse sa fonction d’objet : il devient une mémoire tangible, conservant l’empreinte du corps de l’acteur qui l’a porté, ses frémissements, son poids, ses déchirures invisibles à l’écran, mais inscrites dans la matière.

L’empreinte des personnages se ressent dans ces vêtements qui ont vécu et participé à transmettre toute une palette d’émotions. Le visiteur se retrouve ainsi face aux costumes de danse de Lilia, incarnée par Hiam Abbass dans le film Satin Rouge (2002) de Raja Amari, ou encore aux robes du personnage de Hbib Msika dans La Danse du Feu (1995) de Salma Baccar.

Une splendide robe bustier, portée par l’un des rares personnages féminins du film Trente (2008) de Fadhel Jaziri, accueille les visiteurs. On apprend que le défunt réalisateur a lui-même conçu cet accoutrement précieux. La célèbre Keswa aux fils d’argent, issue du film Keswa, le fil perdu (1997) de Kalthoum Bornaz, rappelle quant à elle le poids des traditions et leur beauté immuable.

Le visiteur est invité à s’interroger sur qui a porté cet habit ? Quelle histoire se cache derrière cette robe ? Quels secrets renferme ce vêtement ?… Des extraits de films, diffusés sur les écrans de l’exposition, apportent des éléments de réponse, créant un lien intime entre l’objet et l’œuvre.

Costumes en scène : mémoires du cinéma tunisien, plus qu’une exposition, un parcours sensoriel

L’exposition, véritable expérience immersive, une nouvelle méthode de s’imprégner des arts, comme seul le festival Gabès Cinéma Fen sait en proposer, s’est installée à Dar El Meddeb, une maison traditionnelle tunisienne classée site patrimonial.

À Dar El Meddeb, le parcours se déploie comme une promenade entre deux salles, presque comme un passage intime. Le visiteur y entre librement, sans itinéraire imposé, laissant son regard reconstruire les récits et raviver les sensations.

Cette exposition est née d’un désir précis : ouvrir un passage entre les formes, permettre au cinéma de sortir de l’écran et d’entrer en dialogue avec d’autres matières, d’autres présences. À travers ces costumes, ce sont des fragments de films qui réapparaissent, mais aussi des gestes, des corps et des mémoires en mouvement.

La scénographie, signée Malek Gnaoui, réussit le pari de créer un véritable parcours sensoriel, plaçant le visiteur au cœur de l’expérience. Cette interactivité se traduit notamment par une invitation à endosser le rôle de costumier. Dans une nouvelle chambre, chacun peut apposer son empreinte sur une robe blanche, enrichie au fil du temps de tissus et de boutons.

Dans cette exposition, le visiteur ne se contente pas d’observer : il traverse les pièces, comme s’il pénétrait dans une mémoire collective, à la fois étrangère et familière. Une mémoire qui saisit, interpelle et invite à habiter, le temps d’un instant, les personnages qui ont porté ces costumes.

À travers cette exposition, Gabès Cinéma Fen redonne vie aux films qui ont marqué le cinéma tunisien. Elle rend également hommage aux artisans de l’ombre du septième art : ces créateurs de costumes qui, par un simple habit, participent à façonner l’histoire et à enrichir le jeu des acteurs.

Sara Tanit

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