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Film À voix basse de Leyla Bouzid : un drame psychologique sur les non-dits et l’homosexualité en Tunisie

Film À voix basse de Leyla Bouzid : un drame psychologique sur les non-dits et l’homosexualité en Tunisie

Quatre ans après “Une histoire d’amour et de désir” et plus de dix ans après “À peine j’ouvre les yeux”, la réalisatrice tunisienne Leyla Bouzid revient avec un troisième long-métrage de fiction intitulé À voix basse.

Présenté comme un drame psychologique intimiste, le film explore avec finesse et courage un sujet encore largement tabou en Tunisie : l’homosexualité masculine et féminine, toujours criminalisée par l’article 230 du Code pénal tunisien.

Le film réunit un casting prestigieux composé de Eya Bouteraa, Hiam Abbass, Marion Barbeau, Feriel Chamari, Salma Baccar, Lasâad Jamoussi et Karim Rmadi.

Le long-métrage révèle l’actrice Eya Bouteraa dans son premier grand rôle au cinéma. Elle y incarne Lilia, une jeune femme vivant à Paris qui retourne en Tunisie pour assister aux funérailles de son oncle Daly (Karim Rmadi) décédé dans des circonstances suspectes.

En revenant dans la maison familiale, Lilia retrouve une famille qui ignore tout de sa vie parisienne. Déterminée à comprendre les raisons de cette mort soudaine, elle se retrouve confrontée aux secrets enfouis d’une demeure où cohabitent trois générations de femmes, chacune tentant de préserver les apparences et de taire certaines vérités.

Avec À voix basse, Leyla Bouzid poursuit son travail autour du lien entre l’intime et le politique. Sans bouleverser sa manière de filmer, la réalisatrice propose une œuvre subtile où les trajectoires de Lilia et de Daly se répondent progressivement au fil de l’enquête.

Les nombreux flash-back renforcent ce lien invisible entre l’oncle et sa nièce, révélant des parcours de vie marqués par la quête de soi et l’affirmation identitaire. Le jeu de lumière, alternant clarté et obscurité, accentue cette atmosphère de tension et d’intimité.

À travers cette mise en scène sensible, la réalisatrice plonge le spectateur dans une réflexion profonde sur les tabous sociaux, les secrets familiaux et le poids du regard des autres.

Plus qu’un simple drame, À voix basse met en lumière une société tunisienne qui préfère souvent détourner le regard face à certaines réalités. Le film aborde frontalement l’homosexualité, encore punie par la loi en Tunisie à travers l’article 230 du Code pénal, instauré durant le protectorat français en 1913 et toujours en vigueur aujourd’hui.

Leyla Bouzid ne cherche pas la polémique gratuite, mais ouvre un espace de questionnement autour des non-dits, des traditions et des normes sociales. Elle montre comment l’homosexualité, pourtant présente dans toutes les sociétés, demeure perçue comme une honte à cacher au sein de nombreuses familles au nom des bonnes mœurs et du respect des traditions.

Le film a été tourné dans la maison des grands-parents de Leyla Bouzid à Sousse, où la réalisatrice passait ses vacances d’été durant son enfance. Cette dimension personnelle renforce encore davantage l’atmosphère intime qui traverse le récit. Le film est produit par la société française Unité et coproduit par la société tunisienne Cinétéléfilms.

Leyla Bouzid est née à Tunis, partie en France pour poursuivre ses études supérieures, d’abord en lettres à la Sorbonne puis en réalisation à la Fémis. Son premier long-métrage, À peine j’ouvre les yeux, tourné en Tunisie, avait été récompensé à la Mostra de Venise avec plus de quarante prix internationaux. Son deuxième film, Une histoire d’amour et de désir, avait clôturé la Semaine de la Critique au Festival de Cannes en 2021.

Présenté en compétition officielle à la Berlinale 2026 après une avant-première mondiale remarquée, À voix basse poursuit actuellement sa tournée dans les salles de cinéma tunisiennes.

Sara Tanit

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