Offline vs Online : mode passagère ou malaise générationnel ?

Offline vs Online : mode passagère ou malaise générationnel ?

« Avant, on cherchait à disparaître derrière un écran. Aujourd’hui, on fuit l’écran pour exister pleinement. »

Il y a à peine dix ans, internet était pour beaucoup un refuge, une porte de sortie face à une réalité parfois pesante, monotone, ou limitée. Un espace où rêver, s’inventer, parfois simplement se déconnecter.

Mais aujourd’hui, un phénomène inversé se dessine, particulièrement chez la jeunesse tunisienne : c’est la vie “offline”, qui devient le vrai terrain d’évasion.

Le désert, les sentiers de randonnée, les cours de yoga, les clubs de running..

L’ère de l’hyperconnexion : une source d’épuisement

Avec la démocratisation des smartphones et l’explosion des réseaux sociaux, la Tunisie, comme le reste du monde, est entrée dans une ère d’hyperconnexion.
Instagram, Snapchat, TikTok : ces plateformes rythment le quotidien, amplifient les sollicitations, nourrissent le besoin constant de visibilité et de comparaison.

Cette exposition permanente génère fatigue mentale, anxiété, et un sentiment croissant d’étouffement.
Internet, jadis échappatoire, se transforme en piège où le réel s’efface sous une avalanche d’images et de discours souvent superficiels, parfois toxiques.

Offline : entre phénomène viral et besoin vital

Paradoxalement, cette tendance à se déconnecter, à retourner à la nature, à pratiquer le yoga, la randonnée ou le running, est aussi une mode qui circule et se propage via ces mêmes réseaux sociaux.

À Tunis, les clubs de running, les groupes de yoga en plein air, les escapades dans le désert sont souvent organisés, documentés, partagés en ligne.

Ce paradoxe est au cœur de la génération actuelle : la déconnexion devient une nouvelle forme de connexion.Le Offline s’invite dans l’Online, s’expose, s’impose, devient un phénomène viral à part entière. Une saturation générationnelle : un besoin profond et urgent

Pourtant, ce mouvement dépasse le simple effet de mode. Il traduit une réalité plus profonde : une génération née avec internet, qui a longtemps utilisé le web pour fuir un quotidien parfois contraint, revient aujourd’hui à la vraie vie pour échapper au flux numérique incessant.

Le Offline n’est plus seulement un loisir, c’est une nécessité vitale.

Un espace de respiration, de contrôle retrouvé sur le temps, le corps, les relations sociales.

Ces lieux “hors écran” deviennent des espaces d’appartenance, de partage, de création collective, une nouvelle culture qui valorise l’authenticité et la présence.

Loin des stéréotypes, ce n’est pas un rejet pur et dur du numérique, mais une réinvention des espaces de sociabilité.Ils permettent aussi d’explorer des identités, hors des cadres virtuels qui uniformisent souvent les comportements.

Vers une hybridation des mondes ?

La frontière entre vie numérique et vie réelle ne s’efface pas totalement.
La jeunesse tunisienne navigue ainsi entre deux pôles : elle revendique à la fois la connexion digitale et le besoin de déconnexion.

Cette hybridation donne naissance à une culture du présent, du vécu, du partage, sans filtre ni artifice. Ce renversement est palpable et porte en lui les tensions, les aspirations et les formes de résistance douce d’une génération.

Dans un monde qui accélère, où le numérique envahit chaque recoin de nos vies, la quête d’équilibre entre online et offline pourrait bien être la clé pour que la jeunesse tunisienne trouve sa place et “simplement soit”.

Alors que le Offline s’impose comme une nouvelle tendance en ligne, la question demeure : dans ce monde hyperconnecté, que reste-t-il de notre capacité à vivre pleinement ?

 Selma Kechrid


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