Raouf Gara prépare un musée d’arts plastiques pour préserver la mémoire artistique de Kélibia

Raouf Gara prépare un musée d’arts plastiques pour préserver la mémoire artistique de Kélibia

Le plasticien tunisien Raouf Gara porte aujourd’hui un projet qui dépasse la création artistique en décidant de transformer la demeure familiale au cœur de la vieille ville de Kélibia, dans le gouvernorat de Nabeul, en un musée consacré aux arts plastiques.

Le projet a été présenté par Raouf Gara en marge de l’hommage qui lui a été rendu dans le cadre de la 5e édition de la Foire nationale du Livre Tunisien, organisée à la Cité de la Culture à Tunis.

L’artiste a expliqué à l’agence TAP que ce futur musée s’inscrit dans une démarche de préservation de la mémoire plastique locale, avec l’ambition de documenter les œuvres et de les replacer dans leurs contextes historiques et culturels.

Installé dans une maison traditionnelle héritée de sa famille, le lieu devrait ainsi réunir patrimoine architectural, histoire familiale et création contemporaine.

Un musée à Kélibia pour raconter l’histoire artistique d’une famille

Les travaux de restauration et d’aménagement du futur musée de Raouf Gara à Kélibia sont déjà réalisés à hauteur de 60 à 70 %, selon l’artiste. Leur achèvement reste toutefois lié à la mobilisation de financements et à l’acquisition des équipements nécessaires. Raouf Gara a, dans ce cadre, sollicité l’appui du ministère des Affaires culturelles afin de permettre au projet d’arriver à son terme et d’ouvrir ses portes au public.

L’objectif ne se limite pas à exposer les œuvres de l’artiste. Le musée entend également mettre en valeur celles d’autres créateurs du Cap Bon, tout en retraçant une histoire artistique intimement liée aux familles Gara et Sammoud.

Ces familles sont notamment connues pour leur activité artisanale et artistique dans la région de Kélibia, où les métiers traditionnels ont longtemps occupé une place importante dans la vie culturelle locale.

Le parcours familial de Raouf Gara illustre particulièrement cette continuité entre artisanat et création artistique. Né le 18 juillet 1947, Raouf Gara a perfectionné son talent académique à l’Ecole des Beaux-arts de Tunis (aujourd’hui Institut supérieur des Beaux-arts de Tunis), mais il a rapidement compris que son art ne se devra pas se limiter aux murs d’un établissement.

Il choisit donc d’ouvrir ses propres fenêtres sur l’horizon et, suivant sa passion, fonda son atelier Dar Gara pour les Arts, au cœur de Kélibia, situé directement en face du port de pêche de la ville. Là où l’odeur du sel se mêle aux voix des pêcheurs et à l’écume des
vagues…

Son père, Mahmoud Gara, était issu des métiers traditionnels de la peinture sur bois, un savoir-faire caractéristique de Kélibia et inscrit au patrimoine culturel immatériel national.

À l’âge exceptionnel de 99 ans, il s’est lui-même tourné vers la peinture moderne. Jusqu’à sa disparition à 103 ans, il aurait réalisé plus de 700 toiles, poursuivant ainsi une aventure artistique commencée à un âge où beaucoup auraient cessé toute activité créative.

Cette transmission demeure particulièrement vivante. Selon Raouf Gara, 50 à 60 membres de sa famille pratiquent aujourd’hui différentes disciplines artistiques. Le futur musée devrait donc constituer un espace permettant de raconter cette histoire collective et de montrer comment un savoir-faire familial peut évoluer, se renouveler et passer d’une génération à l’autre.

Raouf Gara, « l’artiste de la mer »

Cette relation entre patrimoine, matière et territoire se retrouve également dans l’œuvre personnelle de Raouf Gara. Surnommé « l’artiste de la mer » par le plasticien Sami Ben Ameur, il puise depuis plusieurs décennies son inspiration dans le littoral de Kélibia.

Peintures, sculptures et mosaïques de l’artiste intègrent ainsi des éléments naturels ainsi que des fragments de céramique qu’il collecte sur le bord de mer. Pour Raouf Gara, la Méditerranée n’est pas seulement un paysage ou un thème artistique. Elle constitue une véritable source de matériaux, de formes et d’idées qui nourrissent son travail.

Cette approche donne à ses œuvres une dimension particulière, dans laquelle le paysage de Kélibia, son patrimoine matériel et son environnement maritime deviennent des composantes de la création. Après plus d’un demi-siècle de carrière artistique, Raouf Gara cherche ainsi à préserver non seulement ses propres œuvres, mais aussi les traces d’une histoire artistique liée à son territoire.

Une exposition dédiée aux œuvres de la famille Gara

Parallèlement au chantier du musée, Raouf Gara prépare une exposition collective intitulée « Les œuvres de la famille Gara ». Cette manifestation doit permettre de présenter au public la diversité des créations réalisées par les membres de la famille et d’illustrer concrètement la transmission du savoir-faire artistique entre les générations.

À travers cette exposition et le futur musée, l’artiste entend inscrire son parcours dans une démarche plus large de sauvegarde et de transmission. Le projet de musée d’arts plastiques à Kélibia pourrait ainsi devenir un lieu de mémoire consacré à une famille d’artistes, mais également un espace ouvert aux créateurs du Cap Bon.

Tekiano


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