Tunisie : «M’ajnoun», cinéma et danse en mission cupidon

 

«M’ajnoun», un court-métrage de Hazem Berrabah, figure dans la sélection officielle du Newfilmmakers Festival à New-York. Il a été projeté, mercredi 26 septembre, au Deren Theater. Le réalisateur nous parle de son œuvre avec une passion ardente. Rencontre

Hazem-Berrabah-011012Il s’agit d’une œuvre à mi-chemin entre la réalisation cinématographique et la danse contemporaine. «Tout ceux qui ont visionné le film et qui m’ont transmis leurs critiques ont rarement émis un avis entre deux, c’est ou on aime ou on déteste…», déclare Hazem Berrabah qui est retourné s’installer dans son pays natal, à 27 ans, tout en ayant à son actif un parcours artistique riche pour son âge : un court-métrage de fiction «Refuge» (2007), deux documentaires «Caravane de l’Erg» (2011) et «Chemin d’Eau» (2003) ainsi que la direction d’images de plusieurs films de Naceur Khemir et d’une vingtaine de courts-métrages.

Amour en errance

La thématique que le jeune réalisateur a voulu mettre en avant dans «M’ajnoun» est la passion. L’amour infini et sans frontières que réserve un héro errant [NDLR : le danseur sri-lankais Sarath Amarasingam] à sa dulcinée. Une passion infinie, interdite, sans frontières mais surtout universelle dans laquelle tout le monde peut s’identifier. Il nous en parle. «Aujourd’hui, je suis convaincu plus que jamais que nous ne pouvons faire une révolution uniquement en nous positionnant contre la faim et la tyrannie et en les dissociant d’autres revendications dites «moins essentielles». Je considère que l’absence d’amour et de culture dans notre société a participé considérablement à l’échec de cette révolution, qui reste encore rêvé» regrette le jeune artiste.

Ecrire les gestes !

Le tournage a coïncidé avec le soulèvement populaire (fin 2010, début 2011). Ecrire un scénario avec les gestes était le défi qu’il a décidé de relever avec la chorégraphe Elsa Pernot. Arriver à diriger Sarath cinématographiquement et artistiquement en est un autre. «Avec Elsa, à force d’étudier le personnage ensemble, nous avons relevé toutes ses facettes. Désormais, elle arrivait à finir mes phrases et moi à commencer les siennes, ce qui a facilité sensiblement le tournage». Pour la réalisation de M’ajnoun -qu’il a produit-, il voulait travailler comme bon lui semble sans qu’une vision de producteur vienne s’interférer avec sa façon de voir les choses. «Je ne me considère pas comme un réalisateur conventionnel, j’ai horreur qu’on me trace des chemins, cela vient peut être de ma passion pour le désert, j’aime m’évader» déclare t-il.

Présent là où il y a des problèmes

A l’instar de plusieurs de ses confrères, son retour en Tunisie n’est pas anodin. «Je connais plusieurs scénaristes et artistes qui sont rentrés en Tunisie justement à cause d’une certaine menace qui commence à s’imposer» nous confie Hazem en poursuivant : «On le fait par responsabilité et pour prescrire un cinéma indépendant, protéger la création artistique, je vois bien qu’il y a des problèmes. Justement, ce n’est pas parce qu’il ya des problèmes qu’il faut abandonner le navire et partir».

Après un passage à Cannes dans le cadre du «Short-Film Corner», M’ajnoun fera partie de la sélection officielle des courts-métrages au Newfilmmakers Festival à New-York. Il est aussi programmé dans le cadre de «Tales of Here and Beyond» dans le cadre du Festival du Cinéma Africain de Hamburg et en collaboration avec le Forum Of New Arab Art (Projection le 20 octobre à Hambourg).

Sara Tanit

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