BD tunisienne Soubia : miroir déformant d’une réalité malformée

Le propre d’une bande dessinée est de faire évader le lecteur avec ses supers héros, de parcourir un scénario avec une morale à la fin, de faire rire, d’exciter, d’amuser… Rares sont les bédéistes tunisiens qui éditent une BD pour choquer…

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Mais sous le regard de l’actualité du moment, la dernière BD  “توحش”  (ou sauvagerie) du bolg Soubia n’est rien de plus qu’une transcription exacte de ce que nous avons vécu une année durant, de ce qui est en train de se passer encore dans le monde.

Aymen Mbarek (scénariste) et Seif Eddine Nechi (caricaturiste) n’en sont pas à leur première collaboration. Le Lab 619 les a rassemblé à une période, l’encre de Soubia (poulpe en français) les a réunis en ligne encore une fois. Le résultat, des jets de BD qui font réfléchir…

Entretien avec Seif Eddine Nechi :

Pourquoi Soubia ?

Soubia c’est pour dire Soubia l’animal sèche, encre et tout… Après des expériences  passées, Aymen Mbarek et moi avions décidé de lancer Soubia pour notre propre plaisir et pour le plaisir de partager nos travaux.

On l’a lancé en février 2015 avec deux BD et maintenant on a lancé une troisième dont les sujets émanent de l’inspiration du moment… Sachant que ce dernier travail, on l’a commencé fin 2015…c’est quand même une année très dure…

La dernière BD est si sombre… j’ai remarqué aussi qu’il n’y a aucun dialogue, aucune bulle et c’est choquant, c’est voulu?

Oui c’est voulu, et oui ce travail est choquant et il était pénible à réaliser. Chaque vignette dessinée ou presque nous rendait malheureux et nous coûtait sur le plan psychologique. Au fait, chaque histoire est un voyage pour nous ( c’est ce que nous recherchons) des fois c’est agréable et des fois c’est pénible… Notre objectif n’est ni celui de donneurs de leçons ni celui de philosophes.

J’ai l’impression de voir un récapitulatif des drames de l’année dernière, Et une appréhension de ce qui peut arriver dans le futur…

Il n’y a aucune appréhension, le travail est ponctué par sa sortie…on n’a pas de ligne directrice (heureuse ou malheureuse; humour ou pas)…la seule chose qu’on évite est celle d’émettre des sagesses ou des définitions.

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On sent une nette différence, le graphique prend presque le dessus sur le scénario…

Oui cette BD qui est sans bulles, elle oblige une certaine attention…elle n’est pas balisée et n’est pas structurée, sans souci de succession chronologique…c’est un vomi, un largage de restes qu’on a subi. Cette BD, si s’en est une, est un miroir déformant d’une réalité malformée.

Je ne sais pas si on doit parler de scénario dans ce cas…même si il y a une structure vers la fin du travail…mais non on n’a pas de définition à ce travail, on laisse le soins aux lecteurs de le faire eux même.

Pensez-vous éditer une version papier?

Peut être, on fera des collectors limités de toutes les façons on ne s’inscrit dans aucun registre.

Nous proposons aux lecteurs de découvrir cette dernière production de Seifeddine Nechi et Aymen Mbarek, une “symphonie de destruction” à écouter avec les yeux, disponible en téléchargement gratuit en ligne, tout en les invitant à parcourir les autres BD de l’univers SOUBIA. http://www.soubia.com/ 

Sara Tanit

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