Quand la technologie ne peut pas répondre à tous les besoins

Lors de l’évènement «Nokia Destination Design» organisé par Nokia à Marrakech, l’anthropologue sud-coréenne Younghee Jung, Directrice Senior chargée du Design à Nokia travaillant sur les aspects sociaux et culturels des technologies mobiles, nous a fait part des études que son équipe mène auprès des utilisateurs des téléphonies mobiles afin de recenser leurs besoins.

«Nous menons des études auprès des gens pour avoir une idée sur leurs besoins et styles de vie, et c’est à la lumière de ces études que nous développons des idées que nous passons au département Recherche et Développement», nous explique Younghee Jung.

«Quand nous parlons de conception, de design du téléphone, nous ne parlons pas seulement de l’apparence mais de la fonctionnalité de ce téléphone, à quoi sert-il, comment ces gens vont l’utiliser… et non pas uniquement le look» poursuit notre interlocutrice.

C’est dans cet esprit que Nokia a organisé une compétition de design de téléphone mobile, le Nokia Open Studio dans trois communautés situées dans des pays du Sud. L’idée était de faire dessiner des téléphones par les membres de ces communautés répondant réellement aux besoins locaux.

En Inde, la gagnante a dessiné un téléphone capable d’afficher la météo locale. Bien que cette fonction soit déjà possible dans les pays occidentaux, et finalement pas si innovante, en Inde elle revêt une importance capitale. La météo peut évoluer très rapidement et un très grand nombre de travailleurs de la communauté sont dépendants du climat.

A Rio au Brésil, le gagnant a imaginé un téléphone capable de mesurer la pollution, c’est devenu un problème très important à Rio qui entraîne une forte mortalité dans les quartiers les plus pauvres. Pour ce designer, ce téléphone permettrait à sa communauté de se rendre compte du taux de pollution et peut-être changer ses pratiques.

Le gagnant du Ghana a dessiné un téléphone en forme d’étoile dans lequel on pouvait insérer quatre cartes sim. Dans cette communauté ghanéenne, on trouve un très grand nombre de réfugiés, qui communiquent avec leur famille dans des pays voisins. Les opérateurs ayant chacun des tarifs très différents ce téléphone permettrait de changer d’opérateurs en fonction du prix de l’appel passé.

Younghee Jung nous a, par ailleurs, montré plusieurs autres projets présentés par les participants.

En Inde, le quartier dans lequel vit la communauté ayant participé au concours est extrêmement bruyant. Un des projets donnait au téléphone la capacité de se transformer en porte-voix. Beaucoup de téléphones étaient en forme de cœur, mais aussi dans des matériaux très résistants car les téléphones sont utilisés plusieurs années avant d’être changés.

A Rio, les téléphones sont multi-usages, et permettent d’accéder à toute forme de médias. Certains pourraient même être capables d’émettre un son pour rendre les favelas plus paisibles…

Au Ghana, plusieurs projets représentent les téléphones sous forme de montre qui peuvent être rechargés grâce à l’énergie solaire, la population souffrant de fréquentes coupures d’électricité. Certains doivent faire quelques 50 km pour trouver une prise afin d’alimenter leurs batteries.

Mais la technologie ne peut pas -du moins pour le moment- répondre à tous les besoins. «Les gens en Afrique auraient souhaité trouver des téléphones qui peuvent être rechargés à partir de l’énergie solaire. Nous pouvons comprendre le besoin d’une certaine catégorie de gens mais la technologie ne peut pas répondre à 100% à tous ces besoins», souligne Younghee Jung.

En moyenne, la maison Nokia met sur le marché 40 produits par an qui essaient de répondre à la majorité des besoins recensés.

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