La Tunisie et le piratage : un mal nécessaire ?

Le piratage des logiciels et des programmes (informatique, musique, jeu, cinéma, télévision…) suscite pas mal de réactions depuis quelques mois, non seulement à travers le monde, mais également en Tunisie.

Le piratage est un acte qui consiste à profiter de logiciels et de programmes sans en avoir acquis les droits. Certaines personnes en tirent même profit en commercialisant des copies ou les outils pour pirater. Pour certains, ces actes sont répréhensibles. Pour d’autres,  ils sont tout à fait légitimes.

Le fait est que la banalisation de l’outil informatique a conduit inévitablement à développer le phénomène du piratage, qui,  oh surprise !,  contribue à booster l’économie du pays.
Comment  cela est-il possible, me direz-vous ?

Commençons par un petit clin d’œil historique sur le piratage, en évoquant notamment l’ère de la piraterie navale, celle des moussaillons et des flibustiers, qui sillonnaient les mers en quête de trésors et de navires marchands à aborder. Petit rappel, les pirates, malgré leur légendaire drapeau noir et leurs mines patibulaires, n’ont pas toujours été considérés comme étant des bandits ou des hors la loi. Opposants farouches aux autorités de l’époque, en l’occurrence, au joug de l’impérialisme britannique, ils furent considérés comme des héros fort craints, et surtout respectés par les  populations de l’époque.  Certains (comme le célèbre Barberousse allié à la régence du Tunis durant le XVIème siècle contre les Espagnols) furent même utilisés à bon escient, combattant ainsi  le colonialisme, qui, des siècles durant, enrichissait des pays au détriment d’autres.

Aujourd’hui, à l’ère de l’information et de la communication, nous retrouvons le schéma du dominant qui détient les richesses mondiales et du dominé qui déploie des trésors d’astuces inimaginables afin d’acquérir le savoir et savoir faire.

L’exemple le plus révélateur en la matière est bien celui de la Galerie 7, lieu pittoresque où coexistent une myriade de magasins qui nous proposent des marchandises assez peu conventionnelles, pratiquement pour une bouchée de pain. Tous sont évidemment dépendants du piratage informatique : tout y passe, des logiciels anti-virus, aux jeux vidéo les plus récents, des lecteurs MP3 imitant parfaitement des marques mondialement connues, aux dernières consoles de jeux. Le tout est animé à longueur de journée, par une ambiance de musique tonitruante, vantant les mérites de certains albums proposés à la vente. Ajoutez à cela une foule compacte, constituée pour la plupart de jeunes et souvent  d’étudiants, en quête d’un logiciel bien précis… Et vous obtenez une ruche toute bourdonnante de vie et  d’activité.

En Tunisie, comme dans tous les pays émergents, le piratage constitue un double enjeu : le premier, socio- économique, par la création de milliers d’emplois et en contribuant à l’éducation informatique sauvant nombre de jeunes de la précarité. Le second, représenté par un phénomène socioculturel grandissant : l’accès des classes les plus démunies à toutes ces richesses informatiques, qui ne sont désormais plus réservées qu’aux seuls nantis. Comment imaginer qu’un jeune Tunisien puisse consacrer 80 DT pour l’achat d’un jeu vidéo ou 150 DT pour un logiciel de traitement de texte ?
Ceci n’empêche pas le piratage d’être considéré par les multinationales comme un délit puisque, d’après ce qu’elles prétendent, il leur occasionne des pertes importantes et donc, beaucoup de manque à gagner.
Si le piratage, légalement parlant, constitue un délit, dans certaines situations, certains considèrent que la fin justifie les moyens.

Et vous, qu’en pensez-vous ? Donnez nous votre avis en commentant ce point de vue.

Samy Ben Naceur

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