Tunisie : l’invasion des Otakus (épisode 1)

La démocratisation de l’ADSL, la baisse des prix des produits high-tech chamboulent la société tunisienne. Dérèglements psychiques, névroses, guettent nos enfants les plus fragiles. Un jeune en est même arrivé à faire tomber sa propre mère. Les Otakus, que l’on croyait (à tort) exclusivement japonais, vont-ils envahir la Tunisie ?

«Un enfant d’à peine une dizaine d’années, complètement absorbé par un jeu en ligne, (très à la mode en ce moment),  évoluait dans un monde virtuel. Il y passait des journées entières,  ignorant  tout son entourage, se refermant de plus en plus sur lui-même.  Au bout d’un certain temps, un des parents en a eu marre. Il a eu la malheureuse idée d’arracher le câble d’alimentation de l’ordinateur, déconnectant  brusquement  l’enfant de son monde virtuel. La réaction du garçon a été d’une incroyable violence. Devenu incontrôlable, il a finit par  faire tomber sa mère à terre, et par casser tout ce qui se trouvait sur son passage, y compris l’ordinateur, qu’il a projeté contre le mur ». Ainsi parle le docteur Mousaddek Jabloun pédopsychiatre tunisien, et donc spécialiste des troubles psychiques  des enfants et préadolescents.

Le diagnostic

Mais… S’agirait-il d’un cas isolé, d’une exception que l’on désire monter en épingle pour faire sensation ? Clairement, non. Le spécialiste poursuit : « Ces cas se font de plus en plus nombreux. Ainsi, un autre enfant a même été pris pour un schizophrène». Le médecin précise :
 «  Le gamin a été victime d’un diagnostic totalement erroné de la part de l’un de mes collègues. Il a catalogué son cas dans le registre de la schizophrénie.  Et pour cause : l’adolescent était complètement coupé de la réalité. Il  ne  se nourrissait  que rarement, en grignotant de temps à autre dans sa chambre. Il ne dormait pratiquement plus et délaissait complètement ses études. Au point  d’en arriver à une rupture de communication et de dialogue  avec son entourage familial. Le jeune homme vivait dans un mode totalement virtuel, considéré dans son mental comme une réalité. Ses discours,  complètent dénués de sens,  étaient perçus par ses parents  comme des délires et des hallucinations. L’adolescent incompris, a même reçu de force des  injections de neuroleptiques. »

Les racines du mal

Dans les faits, les Otakus, terme japonais qui désigne les drogués du net, des jeux vidéo, et autres loisirs high-tech sont bel est bien présents en Tunisie. Il s’agit à l’origine d’un phénomène nippon qui a fait tâche d’huile, en s’exportant dans des pays comme la Corée du Sud, la Chine, mais aussi l’Europe, et les Etats-Unis. Dans certains pays, des cliniques spécialisées se sont même ouvertes pour accueillir les Otakus. La démocratisation de l’ADSL, la passion des Tunisiens pour les nouvelles technologies n’ont pas que des bons côtés. 

Le problème ? Selon le Dr Jabloun, « Ces jeunes patients souffrent en réalité de formes plus où moins proches de dépression majeure, dont les signes se caractérisent en général, par un état d’épuisement intense, accompagné d’un dérèglement total de l’horloge biologique. Et généralement ils en arrivent même à ne plus respecter les règles de base de l’hygiène ».

Depuis quelques années, ces troubles dépressifs du troisième type ont fait leur apparition en Tunisie. Touchant essentiellement les jeunes enfants  et les adolescents. Et il s’est avéré que ce nouveau phénomène est étroitement lié à un usage trop intense du net,  et à la frénésie des jeux vidéo. Ainsi, pour le pédopsychiatre, « Des enfants qui jouent 3 heures, 10 heures  par jour, voire même 48 heures d’affilées développent une forme de dépendance. Il s’agit clairement de symptômes d’une forme de toxicomanie». Nos Otakus, enfermés dans leur bulle virtuelle se déconnectent peu à peu de la réalité.

D’autre part, certains types de jeux (violents, pour adultes, …) et des sites liés à certains thèmes récurrents (chat, musique, sites pornographiques) peuvent aussi avoir une influence néfaste sur nos jeunes. Ce type de comportement concerne en général l’adolescent de 15 à 18 ans. Car ce dernier,  qui se trouve en pleine phase de recherche de sa sexualité, est confronté à lui-même.  Il  passe naturellement par un processus assez complexe lié à son développement sexuel. Quand il s’adonne à la recherche de ce genre de sites,  qui projettent des images et des vidéos à résonnance pornographiques, son choix risque d’être influencé par des tendances perverses.  Même ses futures orientations sexuelles risquent d’être fortement perturbées.

Prochain épisode :Gare à la dépendance !  

Samy Ben Naceur

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