Tunisie-Théâtre : Sexualité mode d’emploi

« Hobb Story… ouvrir par ici » est un mode d’emploi pour la sexualité au monde arabe. Un Kâma-Soûtra théâtral sur la perception de la sexualité dans les pays arabes sous différents angles, dans différentes positions mentales et sociales.


Mise en scène par Lotfi Achour assisté par Kais Zayed et Anissa Daoud, «Hobb Story… ouvrir par ici» est une fiction documentaire et théâtrale. La première de cette pièce a été présentée, vendredi 10 juillet, à l’Amphithéâtre de plein air de Hammamet, par le biais d’un dialogue entre théâtre et cinéma. A travers une scénographie circulaire, un champ de blé au côté d’une pomme (allusion au fruit interdit) a servi de plateau pour un talk show animé par une libanaise sexy, interprétée par la tunisienne Faten Riahi. Dans ce talk show, des scènes nous présentant des chroniques d’amour et de sexualité se suivent. La manière dont les médias profitent du vécu des gens et infiltrent leurs vies privées en visant à accrocher le téléspectateur en stimulant son côté voyeuriste tantôt à travers des témoignages tantôt avec des reconstitutions de faits.

Eros et Thanatos

A commencer par Shahrazad et Doniazad vivant une relation homosexuelle après avoir vécu de mauvais souvenirs. De sa part, Shahrazad souffre d’un traumatisme suite à sa relation avec Shahrayar. Quant à Doniazad, elle vit toujours une perturbation à cause de son ancienne amie qui l’a trahi avec un homme, un black. Cette dernière ne cesse pas de tuer ses conjointes depuis et il s’avère que c’est le tour de Shahrazad. Dans un référencement à l’une des théories de Sigmund Freud, père de la psychanalyse, la scène aborde le «thanatos», la pulsion de mort qui, selon Freud, habite chaque être humain, opposée à la pulsion de vie, «éros ». Interprété par Chekra Rammah, Anissa Daoud, ces personnages ont laissé leur place à d’autres dans des histoires composées d’extraits de forums ou de blogs… qui, rassemblés, finissent par constituer un matériau dramaturgique puissant qui nous a été servi par Lotfi Achour et Anissa Daoud. Une dramaturgie visant à dessiner les contours de ce qu’on pourrait appeler « Le Nouveau Discours Amoureux » dans le monde arabe, et comment il s’exprime aujourd’hui selon l’auteur de la pièce, Lotfi Achour.

L’Amour chez les Arabes

A travers des témoignages réels filmés, l’humour n’a pas tardé à s’installer. Avec une dizaines de personnages à l’écran, ces témoignages sont partis de la femme âgée jusqu’aux jeunes hommes en passant par une jeune fille qui tolère l’homosexualité masculine mais ne tolère pas les « esbiennes », une beurette…Une ironie du sort avec ses multiples écrans et moniteurs, ses câbles qui traînent et ses invités qui défilent, ses animatrices sexy, ses témoignages cachés et à visage découvert, tel sera le cadre de cette création, qui s’annonce comme – le détournement – d’un débat télévisé autour de « l’Amour chez les Arabes ». Selon Lotfi Achour, ce thème ancien et prisé, que l’imaginaire arabe, profondément sentimental dit-on, n’a pas cessé de célébrer depuis des siècles, à travers ses poètes et jusqu’à ses «bloggeurs» d’aujourd’hui. De l’Atlantique au Golfe Arabe, les interventions des chroniqueurs s’alternent afin de nous présenter différents personnages qui partagent leurs vécus avec le public. Interprété respectivement par Moez Toumi et Jawher El Basti, Om Rached, une femme du Golfe Arabe qui parle de la perversité de son mari et de la mort de son fils tué par son propre père. Un algérien au mental chaud, porteur d’une franchise d’un simple d’esprit ou des tunisiens et des égyptiens en pleine crise identitaire… schizophrénique. Le tout avec des escapades sonores qui ont profité de la sensualité de la musique folk concoctée et interprétée par Jawhar El Basti, fils de Abderraouf El Basti ministre de la culture et de la sauvegarde du patrimoine, qui a assisté à la représentation.

Chekra Rammeh et Moez Toumi ont même profité du sujet pour ouvrir une parenthèse rappelant que l’harcèlement sexuel est interdit par la loi en citant l’article conforme et en le rappelant aux dragueurs insolents et agressifs et même aux câleurs du bus [c’est ainsi que Fellag les a appelé dans l’une de ses pièces, NDLR]. Soit une véritable «déconstruction de la carte postale de l’amour», comme en témoigne Jawhar El Basti.

Thameur Mekki

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