Tunisie: Stocks de pub en toc

C’est la première fois qu’une société tunisienne réagit aussi rapidement à une accusation de plagiat. La bonne nouvelle, c’est que l’on commence à prendre les questions de propriété intellectuelle et d’originalité au sérieux en Tunisie.


« Vous croyez que c’est facile d’être un directeur de création artistique ? » balance le bédéiste et directeur artistique dans une agence de communication, Seif Eddine Nachi, sur l’une de ses BD. Dans un post sur son blog ce directeur de création ironise sur le métier qu’il exerce : « Il faut savoir surfer intelligemment sur le web : savoir trouver son inspiration pour la prochaine campagne et faut savoir manier l’outil informatique, avec aisance : pomme C /pomme V ou ctrl C/ctrl V (*) » écrit-il sur son blog.

Le copié/collé n’est pas uniquement un mal dont souffre notre presse nationale, même le monde de la pub en fait de temps à autre recours. Le dernier exemple en date est celle qui a éclaboussé l’agence de communication JWT. Et si l’affaire a fait autant de bruit, c’est certainement dû à la qualité de son client. Il s’agit d’un des plus importants annonceurs du pays, en l’occurrence Tunisiana.

Ainsi, le créateur du clip vidéo sayef jawek a posté en avant première son œuvre sur Facebook, dont voici quelques captures d’écran.


   


Aussitôt la vidéo postée, les spécialistes du marketing se sont rués pour dénoncer un plagiat flagrant. En effet, il existe d’énormes ressemblances entre le clip vidéo « syaef jawek » et « Sorry I’m Late » de Tomas Mankovsky, dont voici quelques captures d’écran :


   


Retrait de la vidéo

Tunisiana a aussitôt réagit par le biais d’un communiqué de presse publié sur le site madwatch (voir ici). L’opérateur martèle n’avoir « jamais été informée de l’intention de l’agence, ni de celle de réalisateur de s’inspirer de cette oeuvre de Tomas Mankowski ou de la volonté de lui rendre hommage. ». Précisant que «Tunisiana a, par conséquent, retiré sa commande de ce clip et ne le reconnait pas comme étant attribué ni à la marque, ni à sa plateforme de communication de l’été». La société va jusqu’à demander « le retrait de cette vidéo de tous les sites web tant qu’il porte son logo».

La nouveauté ? C’est sans doute la première fois qu’une société tunisienne réagit aussi rapidement (et aussi vivement) à une telle situation. Nous n’avons d’ailleurs pas souvenir qu’une entreprise tunisienne ait retiré une publicité de la circulation parce qu’elle aurait été «inspirée» par un spot étranger. Jusqu’ici la critique publicitaire en Tunisie restait cantonnée dans la blogosphère. Nos blogueurs multipliant les commentaires amers sans changer quoi que ce soit à la situation. On pouvait copier sans vergogne tout et n’importe quoi sans déranger personne, à l’exception de quelques publivores. La bonne nouvelle, c’est donc que l’on commence à prendre les questions de propriété intellectuelle, et d’originalité au sérieux en Tunisie.

Les blogueurs accusent

On ne compte plus les spots publicitaires largement «inspirés» de clips promotionnels internationaux. A un point que des blogueurs tunisiens se sont fait une spécialité de la critique publicitaire. L’objectif ? Epingler les vilains copieurs et les livrer à la vindicte des internautes de Tunisie et d’ailleurs.

Une recherche sur le web sur les différents blogs de communication nous dévoile plusieurs cas de plagiat de nos pubs tunisiennes. Slim Hmaied dans son blog de com aligne les exemples. Certaines sociétés tunisiennes des plus importantes se retrouvent ainsi clouées au pilori. Quoi qu’elles n’en soient pas nécessairement responsables puisque ce sont les agences de com qui se chargent normalement de finaliser les projets. Un autre blog annonce d’entrée la couleur en s’intitulant Critipub.

Sur un forum tunisien (voir ici) un internaute trouve carrément que « notre publicité est atteinte par une grave calamité. (…) la copie publicitaire est devenue un métier facile pour gagner de l’argent en copiant les uns les autres ».

Selim Halioui fondateur du site madwatch, donne un autre son de cloche. Il estime, en effet, qu’«en réalité, la copie en publicité n’est ni quelque chose de nouveau ni quelque chose de fondamentalement tunisien. Le grand David Ogilvy invitait lui même en son temps les jeunes publicitaires à l’imiter en disant : “jusqu’à ce que vous ayez une meilleure idée, copiez !”, l’objectif suprême du publicitaire étant selon lui de réaliser “la meilleure publicité possible” et non de “faire un truc à soi”. »

L’internationale du plagiat

En somme, le plagiat publicitaire n’est donc pas exclusivement tunisien. Même au niveau international les plus grandes marques n’y ont pas été épargnées. Comme c’est le cas de Microsoft qui en 2002 a été attaqué en justice par une jeune réalisatrice de court métrage qui accuse la firme de Redmond de vol de concept sur la publicité de sa console de jeux la Xbox. Un phénomène qui a touché carrément les plus grandes marques. D’ailleurs, un site Internet s’est même spécialisé dans cette thématique, et sur www.joelapompe.net on en découvre des vertes et des pas mûres.

Dans une interview accordée au blog critipub, Zied Dahmane, rédacteur concepteur Label Ogilvy Tunis, encourage les sites qui dénoncent le plagiat. A ses dires, ces sites « ne peuvent être que très bénéfiques pour le paysage publicitaire » en Tunisie. Ceci inciterait les créatifs tunisiens à cogiter plus, à faire plus d’efforts de créativité et donc à s’améliorer et améliorer le niveau de la pub en général.

(*)Les combinaisons des touches Ctrl+C et Ctrl+V (pour PC) / Pomme+C et Pomme+V (sous Mac) sont des raccourcis clavier relatifs à l’action copié collé.

Welid Naffati

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