Tunisie : Mounir Troudi, la rébellion du bédouin pentatonique

Mounir Troudi s’inspire du chant des hauteurs bédouines et l’exprime sur une musique blues, jazz, rock, reggae et parfois electro. Mounir sera en concert ce soir au Théâtre d’Art Ben Abdallah à la médina de Tunis.

Figure phare de la musique émergente en Tunisie, Mounir Troudi se produira dans la soirée ramadanesque du vendredi 04 septembre à partir de 22h30, au Théâtre d’Art Ben Abdallah dans la médina de Tunis. «7amma», «Asses», «Wechi», «Zhar» et tant d’autres morceaux chanterons, lors de cette soirée, l’Homme, la répression, l’amour, la paix mais aussi la révolte. Mounir sera accompagné par Sami Ben Said au clavier, Nawfel El Manaa au nay, Marouen Allam à la bass et Anis Melliti à la batterie. Le prix des billets a été fixé à 10 et 15 d. Il faudra traverser les ruelles de la médina de Tunis pour y arriver . Il rencontrera un public attachés à son univers atypique et qui exprime son engouement sur facebook avec une fan page et deux groupes dédiés à l’artiste (voir ici et ici).

Mounir «non grata» en Tunisie ?

Cette soif du public a pour cause le fait que même si Mounir fait la tête d’affiche de festival de renommée un peu partout dans le monde, il se produit rarement en Tunisie. A titre d’exemple, durant la saison estivale écoulée, il ne s’est produit que lors d’une seule date programmée à Jendouba ! Une absence qui a suscité notre curiosité à laquelle il a répondu ainsi : « Personne ne m’a invité ! Peut-être que c’est à cause de mes déclarations lors du génocide de Gaza. Peut être aussi que c’est parce que les intrus, les impresarios qui manquent de visions et de transparence inondent le paysage événementiel. Pour ma part, j’ai contacté plusieurs festivals dont Carthage et Hammamet. » Et il alterne : «Je ne
considère pas mon art un produit commercial que les imprésarios, avec leurs méthodes tordues, modèlent comme ils veulent». Or, en dehors de nos frontières, Mounir a été invité, en juillet, pour partager la scène avec le groupe de rock aux sonorités electro Speed Caravan au festival Les Suds Arles en France. Un festival qui a fait des têtes d’affiche telles que l’emblématique Cesaria Evora. En juillet aussi, il a embarqué ses valises pour la Jordanie où il a partagé la scène avec le groupe de new wave jazz du libanais Kamal Mussallam dans un concert dans le cadre du Jordan Music Festival. Cet ambassadeur de la musique émergente tunisienne a aussi fait la scène du festival Rio Locco à Toulouse en juin avec le quartet du grand trompettiste de Jazz suisse Erik Truffaz. Pas de chance en Tunisie !

Truffaz ou l’associé tremplin

De l’opéra lyrique avec l’italien Antonio Maiello aux collaborations avec le musicien turc alliant musique de tradition soufie et musique électronique, Mercan Dédé, en passant par le jeune artiste electro tunisien SKNDR ou encore Shinigami San , Mounir Troudi multiplie les expériences. Mais la collaboration la plus remarquable de sa carrière jusque là est celle qui l’a réuni avec Erik Truffaz sur deux albums produits par le grand label de jazz Blue Note: Mantis en 2001 et Saloua en 2005. « C’est le fruit de la réconciliation avec soi tout en croyant à l’autre et en gardant un rapport de respect mutuel avec l’autre. Ainsi j’ai découvert la rencontre entre le myxolydien et le bédouin. Le pentatonique prend place là où sont les bédouins, c’est universel. C’est une rencontre entre l’Homme et la nature.» Du Canada à l’Indonésie en passant par Jérusalem, de l’Afrique du Nord à la Russie, ils ont exporté leur fusion unique partout sur les scènes du monde (regarder vidéos). Cet electro-jazz cultivé par Truffaz baigne dans une ambiance dub et vire parfois vers le Hip Hop, la Drum’n’Bass ou même le hard rock au son de la guitare disto. « Je suis attaché aux sonorités electro, à leur capacité à combiner les sons. C’est une musique puissante qui a fait que le terme « neshez » n’ait plus de sens. Elle a libéré la musique de ses contraintes. Pour comprendre, il suffit d’observer tout ces djs qui animent le monde sans connaître le solfège.» Leur collaboration a même donné naissance à d’autres projets comme le maxi single «Magrouni» avec Imhotep. Et oui ! Imhotep que nous avons connu comme compositeur, mixeur et échantillonneur au sein du groupe de rap marseillais IAM. A travers cet opus, Imhotep revisite ce morceau dans 5 nouveaux mixes différents de ceux élaborés par Truffaz sur l’album Mantis.

Démolir pour construire

Diverses collaborations avec des figures de la scène musicale internationale ont enrichi la carrière de Mounir qui a fait ses débuts dans des spectacles ayant marqué la mémoire de l’art en Tunisie tel qu’El Hadhra, Zghonda w Azzouz et Noujoum. D’ailleurs, c’est à partir de là qu’il a décidé de quitter le troupeau et de tracer son propre chemin. « J’étais en train de découvrir à l’époque. J’ai appris à douter de ceux que je mystifiais. Dans Noujoum par exemple, on caricaturait Oum Kalthoum, Mohamed Abdelwahab, Farid Latrach…» raconte-t-il. « On croyait que l’Orient est la source, la référence. Il se trouve que nous nous sommes trompés. Avec le temps, il s’avère que ce n’est qu’un pôle de prostitution artistique.» explique-t-il en ajoutant : « La musique orientale passe totalement à côté de la plaque. Elle ne reflète pas du tout les réalités des peuples dont elle est issue. Alors que les guerres éclatent sur ces terres, les prods du genre de Rotana font la fête et le matraquage est à son comble avec Star Academy.» Un brainstorming suscitant une réflexion qui l’a amené à une conclusion : « Pour construire, il faut démolir. Il faut retourner à une réconciliation avec soi, savoir d’où je viens et où je vais. C’était comme un éveil. Je me suis dis que je suis leader de nature et que je ne peux pas rester esclave d’un faux héritage artistique oriental. »

Thameur Mekki

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