Tunisie: Prison Brika wanted sur Google

La prison la plus recherchée du web tunisien est celle d’Hannibal TV : «Prison Brika». Un succès dû à l’humour de la série et à ses qualités ou à certaines photos «décontractées» sur Facebook ?

«Prison Brika» est le terme qui a enregistré la plus grande progression sur  Google les 7 derniers jours écoulés. Il en est arrivé à 200 % de progression. Après avoir fait le choix du drame social avec le feuilleton de Njoum Ellil (voir notre article) pour la première quinzaine de ramadan, Hannibal TV a choisi l’humour pour la deuxième quinzaine du mois avec «Prison Brika», pour parodier la série américaine culte «Prison Break». Ce n’est plus Michael Scoffield ! Et c’est Brika Dannouni qui prend cette fois, les choses en main. La majorité des évènements se déroulent dans une prison de femmes. A partir du 9ème épisode, Prison Brika cherche à parodier une autre série américaine culte dont le succès était simultané avec celui de «Prison Break», à savoir «Lost».

Pastiche plutôt que parodie

Le jeune réalisateur Borhen Ben Hsouna et le scénariste Elyes M’ssaad se sont retrouvés dans une sorte de pastiche plutôt qu’une parodie. Ainsi ce n’est ni le plagiat ni la parodie, Prison Brika se retrouve comme une simple imitation de Prison Break avec quelques traits comiques. Il ne s’agit pas d’un usage du cadre, des personnages, des expressions ou du fonctionnement d’une œuvre pour s’en moquer. Pour avoir le maximum de ressemblance avec «Prison Brika», un effort de repérage considérable a été fait. Une certaine justesse technique a été recherchée. D’ailleurs, la bande son cherche à nous mettre dans l’univers d’un pastiche et non d’une parodie. La musique du générique signée Balti relate les événements de la série partant de la prison des femmes jusqu’à l’île déserte évoquant brièvement la vie derrière les barreaux et l’immigration clandestine. 50 Cent, G Unit, Westside Connection viennent donner du rythme et consolider l’aspect du pastiche bien loin de la parodie. Rappelons que la version française de Prison Break a aussi fait usage du rap afin de meubler son générique avec Faf Larage à travers des morceaux comme «Pas le temps» et «C’est pas ma faute». «L’héroïne Brika, avec les autres personnages de la comédie, feront des aventures à travers lesquelles nous aurons droit à beaucoup d’humour et de suspense.» ainsi a annoncé le synopsis de la série qui s’avère trompeur. Même les rares détours vers la parodie ne distille que du comique soft.

Manque de crédibilité

L’exposition du milieu carcéral est bien loin de la réalité tunisienne ou même de ces ingrédients fondamentaux. Dans Prison Brika, on est face à une prison très propre avec des chambres à deux. Dans la prison dans sa version Hannibal TV, les objets en métal, torche à lumière et sèche cheveux sont autorisées. Derrière les murs de cet établissement, les prisonniers circulent d’une chambre à une autre et d’un bureau à un autre avec beaucoup de liberté. Certains se permettent même le luxe de passer la journée à entretenir leurs corps et visages. Même le personnage de Dalinda interprété par Mariem Sayeh est d’un langage faisant usage excessif du français. Tant de constat qui font fausse note avec la réalité d’une part et qui ne servent pas  nécessairement le côté humoristique. Le scénariste est même passé à côté du jargon carcéral pouvant être une source abondante de travail humoristique. «Ciloun» est le seul terme de ce milieu qui a été noté venant du terme «Cellule».

Humour pâle, jeu d’acteur peu convaincant, personnages aux portraits mal dressés, la série a ses faiblesses. Mais alors, comment expliquer le succès sur le web avec plus de 6 fan pages sur facebook dont une qui se dit «officielle» (voir ici) ? A quoi serait dû le buzz autour de cette série ? Le côté novateur de la production, ou un album photo que certains internautes considèrent scandaleux ? Les photos des actrices phares de Prison Brika en soirée et en tenue «décontractée» expliqueraient-elles à elles seules le succès ?

Thameur Mekki

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