Tunisie : Big Brother ne zappe jamais !

Manette en main, Shahrayar bat des records en nombre de vierges assassinées. Et Shahrazed, passe à la télé. Dans une fiction théâtrale, le zapping prend le contrôle de nos vies. Âmes émancipées et esprits libres…pour vous c’est Game Over !

Tous les spectateurs ont été bien contrôlés, jeudi 12 novembre, aux portes d’accès du Théâtre du 4ème Art. A 19h, un public, comblant cette salle, s’est pointé pour assister à la représentation de «Zapping sous contrôle». Vêtus de costumes futuristes en plastique, deux comédiens ont assuré ce contrôle. Détecteurs en main, ils inspectaient chaque spectateur. Nul ne peut dépasser la porte d’entrée sans passer par les procédures : une détection à cible inconnue et le collage d’un ticket avec un code à barres. Originale est l’avant scène de cette pièce de théâtre. Présentée dans le cadre de la section «découvertes» des Journées Théâtrales de Carthage 2009, ce spectacle tunisien est écrit et mis en scène par Maryem Bousselmi.

Shahrayar postmoderne

Un smiley comme logo de la chaîne «Jouons», en diffusion de test, s’affichait sur l’écran à l’entrée du public. Aussitôt, une discussion en voix off s’est engagée entre un metteur en scène et une critique d’art. La complaisance virant jusqu’à l’hypocrisie guidait cette conversation. A chaque fois qu’une opinion est exprimée, l’un des protagonistes est tracassé. Son interlocuteur se rétracte pour laisser dominer des phrases en langue de bois et des prises de position plastiques. «Zapping-sous contrôle est fait de scènes extraites de la vie telle qu’elle est improvisée au 21ème siècle. Y’aura-t-il alors une solution pour déchiffrer le code de la transmission et de la réception ?» affiche le synopsis de la pièce. Produit par la société Web Art, ce spectacle met en scène des personnages qui se rencontrent après un chat en ligne, partent dans des centres de massage ou animent un talk show. De la musique electro résonne dans la salle, des personnages affublés de pseudos style «Barbie» et «James Bond», se draguent via chat audio, se fixent un rendez vous et se disputent dès le premier rancard. «J’aurai mieux fait de voir avec Superman» lance Barbie après la dispute. Ainsi, l’auteur illustre la vie de nos contemporains : la communication passe par les nouvelles technologies. On entreprend un discours plastique pour finir par avoir des relations humaines artificielles. Dans «Zapping sous contrôle», des Shahrazed et Shahrayar en version postmodernes reprennent du service. Mais dans la pièce, Shahrayar assassine les vierges depuis la manette de sa console. Et figurez vous que son score ne cesse de battre des records.

Talk show sous contrôle

«La télé commande» ironise un slogan qu’on ne cesse de rencontrer sur le web. Dans une vie contrôlée par le zapping, les créateurs de cette pièce ne se sont pas privés de faire part au public de leur vision de la télé. «Sous Contrôle» est le talk show que nous avance la pièce comme programme phare de la chaîne «Jouons». Tout y est préparé d’avance. Big Brother incarne le rôle d’une réalisatrice télé. Cette dernière s’engage à bien manier les ficelles de l’animatrice de l’émission et ses deux invités. Selon cette réalisatrice, dont le rôle est interprété par une voix off, tout le monde doit jouer son rôle à la perfection. Rien n’est laissé au hasard. Même si quelqu’un dérape, les techniciens se chargeront de remettre les choses en place, au gré de madame la réalisatrice. En break publicitaire, l’ironie se distille à travers des vidéos de pubs d’«Eternita», des cartes de recharge de vie. Cette chaîne, au logo de smiley, diffuse même des pubs présentant des solutions pour les couples en manque de moyen pour se marier. Une «Gravure mariage» est proposée.

«Et si quelqu’un trouvait sa télécommande? Et s’il appuyait sept fois, successives, sur le bouton «next» comme une personne pressée qui feuillette le matin l’actualité dans le journal du jour d’aujourd’hui» lance le synopsis de «Zapping sous contrôle». Mais faites gaffe! Big Brother is watching you!

Thameur Mekki

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