Tunisie : Sombres visages nocturnes

Au risque de faire hurler les puristes, S-Nocturnus avoue préférer la photographie numérique à l’argentique. L’artiste s’intéresse aux marginaux et autres exclus de la société, qu’il affectionne particulièrement.

Bouleversé, remué. On se sent interpelé par ces visages sombres à chaque fois que l’on découvre une des photographies de Slim Letaief, alias S-Nocturnus. Passionné dès son plus jeune âge, il avoue qu’il a toujours été attiré par tout ce qui touchait de près ou de loin à l’univers de la photographie. Pourtant, cette passion n’a réellement commencé à se manifester en lui que tardivement. C’est en effet depuis quelques années qu’il a décidé de réellement franchir le pas. « Je possédais au tout début, un appareil compact amateur. En 2008, je me suis offert un réflex Canon 450 D. C’est à partir de cet instant que je n’ai plus réussi à m’arrêter». affirme-il.

Allure sportive décontractée, visage serein, Slim Letaief, âgé d’une trentaine d’année, s’apprête à achever sa formation de pilote de ligne à l’AFA (Airline Flight Academy). Et ce, après avoir été accepté au concours Tunisair de 2008. Et à cause de son emploi assez chargé, il ne s’accorde que trop peu de temps à sa passion. Et pour preuve, dès qu’on entre dans sa chambre, on trouve, jouxtant ses appareils photo et son matériel, d’indéchiffrables livres de pilotage et des carnets de vols. C’est que notre jeune artiste est en marge de devenir futur pilote de ligne… Tekiano l’a rencontré pour vous.

Son thème de prédilection ? Les portraits. Notre jeune artiste s’intéresse aux visages de personnages pas tout à fait comme les autres : il s’agit de marginaux, d’exclus de la société, qu’il affectionne particulièrement. «J’ai voulu mettre en évidence l’humanité de ces individus ignorés de tous. J’espère que leur regard, leurs expressions finiront par interpeler ceux qui préfèrent changer de trottoir quand ils les croisent». On ressent à travers ces visages rugueux, burinés par le temps et le soleil, une intensité rare. Mélangeant un style un peu sombre, avec quelques clichés pris en noir et blanc, accentuant le côté mystérieux de ces œuvres. Slim Letaief privilégie avant tout les détails (rides, expressions…) aux couleurs. «Le côté obscur de la vie m’interpelle» renchérit-il.

Sa technique de travail relève d’une composition assez spéciale. « Je ne suis jamais les règles préétablies. Je mélange plusieurs styles, j’expérimente de nouveaux genres. On obtient parfois des résultats inattendus» !

Le choc Photoshop

Fan de toutes les nouvelles technologies (future carrière professionnelle oblige) et particulièrement du web qui reste pour lui, sa principale source d’inspiration, c’est avant tout un autodidacte « J’ai lu beaucoup de tutoriaux en anglais sur le net et vu beaucoup d’œuvres d’autres photographes» lâche-t-il. Au risque de faire hurler les puristes, S-Nocturnus avoue largement préférer la photographie numérique à l’argentique. «Avec le numérique, on peut dépasser toutes les limites imaginables. De plus, l’étape de retouche d’image est indispensable pour embellir tel ou telle photographie». En effet, une grande partie du processus des photographies est parachevée à l’aide de logiciels de retouche informatique. Qu’il s’agisse d’effets techniques comme la conversion en noir et blanc, le HDRI, le cross-processing… notre artiste en apprend un peu plus chaque jour en améliorant à chaque fois sa technique. Outre les portraits, le photographe s’initie également à la macrophotographie, à laquelle il semble particulièrement attaché. Afin de personnaliser certaines photographies, il a même fini par fabriquer un tube d’extension (permet d’augmenter la distance entre l’objectif et le capteur, offrant une distance de mise au point plus courte), ce qui a donné un résultat assez spécial.

Au-delà de sa page Flickr, où il poste régulièrement de nouvelles photographies, suivies de près par ses fans, Slim accepte volontiers les critiques qui, d’après lui, ont considérablement amélioré son niveau «On m’a déjà qualifié de ‘’Over Processed’’ à travers mes œuvres. C’est-à-dire sur-travaillées et non naturelles».

Il n’empêche. Certaines de ses photographies ont déjà été choisies en couverture de sites de renommées mondiales comme le célèbre Stumble Upon ou encore Red Bubble, très convoités par les photographes du monde entier.

Le prix de la passion

Mais selon Slim, la photographie, comme toute autre passion, nécessite non seulement du temps, mais surtout un investissement conséquent. Il ajoute également : « C’est comme une drogue. On ne peut plus s’en passer. Pire : on cherche constamment à améliorer son équipement en voulant à chaque fois acquérir telle ou telle nouveauté qui vient de faire son apparition».

Quand on lui demande si sa passion lui revient chère, « approximativement 1300 dinars mais ca peut monter bien au-delà, car tout dépend des objectifs montés qui restent les pièces les plus chères, dépassant largement le prix des appareils photos eux-mêmes » avoue-il avec parcimonie.

Il faut savoir que le prix des objectifs oscille entre 700 et 10 000 dinars ! Des sommes considérables que les vrais passionnés son prêts à débourser. Il précise que tout son matériel provient de l’étranger. «Parce qu’en Tunisie, il n y’a absolument pas de choix et quand bien même certaines boutiques en vendrait, les prix demeurerait excessivement élevés».

«Pour ma part, je possédais depuis peu un objectif 100 macro que j’avais acheté à 1000 dinars que j’ai par la suite revendu. Je me contente pour l’instant d’un objectif 50 mm F 1.4 spécial portrait ! ».

Sur ses projets d’avenir, comme d’éventuelles participations à des expositions où à des concours, il avoue qu’il se consacre pour l’instant, corps et âme à sa formation et à son futur emploi. Mais il promet aussi d’enrichir sa panoplie de photographe pour le plus grand plaisir de ses fans. Et pour S-Nocturnus, l’art de la photo est tout simplement incomparable. «Contrairement à la vidéo, la photographie apporte une touche de magie qui la rend tout simplement éternelle. Elle recèle une part d’imaginaire que l’on ressent à chaque fois qu’on la scrute du regard» affirme notre artiste.

Samy Ben Naceur

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