Tunisie : Quand le qanoun fait la loi

«Faire un projet avec de l’Electro ou autre comme si c’était une check-list n’est pas le plus intéressant» déclare Amine Mraihi. Sans concessions, le duo Mraihi est à son 6ème disque produit par un label européen, projet présenté à l’ouverture de Jazz à Carthage by Tunisiana.

L’écrasante majorité des artistes tunisiens qui ont signé avec des labels européens, ont dû mettre de l’eau dans leur vin. Pour viser l’exportation, ils ont dû comme Dhafer Youssef, Mounir Troudi et d’autres mâtiner leur musique de sonorités électroniques ou occidentales pour faire passer la pilule orientale. On rappellera par exemple l’étroite collaboration d’Anouar Brahem avec le jazzman norvégien Jan Garbarek. Mounir Troudi n’a pas dédaigné les touches  helvétiques du trompettiste suisse Erik Truffaz.

Ouverts, sans concessions

Dans cette quête de notoriété internationale, les frères Mraihi dérogent à la règle, désormais, quasi-générale. Comptant à leurs actifs six disques, le duo tunisien a toujours été produit par des labels européens. Loin des stéréotypes, ces deux jeunes tunisiens arrivent à imposer une musique certes aux influences multiples, mais qui reste profondément arabe. Souvent en tournée à l’étranger, Amine & Hamza étaient en concert en Tunisie, vendredi 09 avril 2010. A l’occasion de l’ouverture de Jazz à Carthage by Tunisiana, Hamza au qanun et Amine au oud ont présenté leur dernier projet «Perpetual Motion». Leur set a enivré le public présent à la salle du Barcelo.

«Le fondement de notre travail est l’expression d’une certaine situation d’un jeune tunisien d’aujourd’hui. Que ce soit du jazz, du funk, du rock ou de l’Electro, c’est secondaire ! L’essentiel est d’être fidèle à notre objectif» déclare Amine Mraihi. Le virtuose du oud poursuit : «Faire un projet avec de l’Electro ou autre comme si c’était une check-list n’est pas le plus intéressant. Mais, le challenge est là ! Nous sommes fans d’Electro, de rap, surtout de jazz et autres. Nous sommes ouverts. Et pourquoi pas ?»

Stand up Ovation !

«All The Things That You Are Not» est le premier morceau interprété par le duo. Amine & Hamza étaient accompagnés par deux violonistes, une musicienne au cello et une autre à l’alto. «On a commencé par le «takht» arabe en jouant les classiques instrumentaux. Petit à petit, on a évolué. On a invité des musiciens de jazz et de funk à incorporer le groupe. Et puis cette fois ci, c’est du classique mais avec des arrangements jazz». Dans ce concert, la section rythmique a été assurée par le percussionniste serbe, Goran Milosevic. Et il joue non seulement au tam tam mais aussi au bendir et au tar. «Même un serbe un serbe joue du rbou5. Le rythme tunisien coule dans les veines. Il est universel» lance Amine à un public très réactif face à l’émouvant morceau «Meni Nessi».

Accompagnés par la voix sublime de la jeune Marwa Kriaa, l’ensemble guidé par les notes du qanun de Hamza et les mélodies du oud d’Amin a envoûté les quelques 1000 spectateurs. «Ya Nari», «Ya Rabiî» sont des morceaux aux compos alliant la virtuosité de l’interprétation à la sensibilité du propos. La connexion avec le public n’a cessé de s’intensifier. «C’est une compo de Hamza. Bienvenu dans notre jardin secret». Avant de jouer «Perpetual Motion», morceau éponyme de leur dernier album, Amine & Hamza ont interprété «My Secret Garden», un morceau très personnel dans une ambiance prenant une dimension intimiste.

«On va exercer un peu de démocratie. Mais, attention… il ne faut pas que ça tourne à l’anarchie» lance Hamza Mraihi au public en souriant. Finalement, la foule a opté pour «Meni Nessi». La mélodie de cette ballade colle à la mémoire. Un grand nombre du public la chantonnait encore à la sortie de la salle du concert.

Thameur Mekki

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