La question juive dans le cinéma de Tunisie (2)

Au début du 20ème siècle, la communauté juive a joué les premiers rôles dans le monde du spectacle en Tunisie. Les films tunisiens l’ont maintes fois évoquée. Le réalisateur Férid Boughedir en fera même sa spécialité. Flash Back !

Musulmane, dans sa majorité écrasante, la population tunisienne compte une minorité juive. On comptait ainsi en 2003, en Tunisie, 1500 individus de confession israélite, soit moins de 0,1% de la population totale (source Wikipedia). Mais cette communauté historiquement fortement enracinée a eu son mot à dire dans la vie culturelle et artistique de notre pays.

Flash Back ! Le premier-court métrage de l’histoire du cinéma de Tunisie a été réalisé en 1895 par Albert Samama, dit Samama Chikly, un tunisien de confession juive. Ce réalisateur a également tourné, en 1922, le premier long-métrage de notre cinéma. Son film a été intitulé «Aïn el Ghazal» ou «La Fille de Carthage». Au casting de ce film, on trouve au premier rôle Haydée Chikly, la fille d’Albert Samama.

A l’indépendance de la Tunisie (1956), il n’y avait que deux cinéastes professionnels actifs. L’un est juif, André Bessis, réalisateur des premières actualités tunisiennes filmées sous le titre «Al-Aahd al-Jadid» (la nouvelle ère). Et l’autre est musulman, M’hamed Kouidi, qui réalise son premier film en 1956 sur l’Assemblée nationale constituante tunisienne.

Avant l’Indépendance, le monde du spectacle était généralement mal perçu par la majorité musulmane. C’est ainsi que Raoul Journo, Cheikh El Afrit, Habiba Msika (et tant d’autres) sont à citer parmi les figures les plus marquantes de la chanson tunisienne du début du 20ème siècle. Et ces personnages de premier plan sont Juifs. Le site de la Radio Nationale affiche  du reste à l’heure actuelle quelques enregistrements de ces chanteurs.

Pour en revenir au cinéma, on notera que la chanteuse juive Habiba Msika a fait l’objet d’un film réalisé par Selma Baccar en 1996. En cette même année, Férid Boughedir a produit «Un été à la Goulette». Ce film raconte l’histoire de trois amis inséparables : Youssef le Musulman, contrôleur sur le TGM, Jojo le Juif, roi du brik à l’œuf, et Giuseppe le catholique, pêcheur sicilien. Michel Boujenah, le célèbre comédien franco-tunisien de confession juive, y jouera un petit rôle. La chanson du générique du film se décline en deux versions : l’une chantée par Michel Boujenah et l’autre par Lotfi Bouchenaq. «Beaucoup parmi les Tunisiens musulmans, dont des intellectuels et hommes de culture, même s’ils ne le disent qu’à moitié, se sentent aussi orphelins depuis cette séparation. Je suis moi-même orphelin de cette Tunisie plurielle» écrit Férid Boughedir dans la revue Confluences Méditerranée en 1994.

Mis à part «Un été à la Goulette», Férid Boughedir qui se veut le chantre d’une «Tunisie plurielle» a réalisé en 2008, «Villa Jasmin». Produit en France, ce téléfilm a été diffusé le 30 mai 2009 sur France 3. Il s’agit d’une sorte de remake de «Les jasmins de la Véranda» du Juif franco-tunisien, Serge Moati, produit en 1979. Mais ce film s’est plutôt inspiré du roman autobiographique de Serge Moati, édité en 2005. Le téléfilm de Boughedir raconte l’histoire d’Henri, juif tunisien, retourné à La Goulette avec sa femme, en quête de ses racines. Le téléfilm explore l’histoire des parents de Serge Moati depuis les années 20 ainsi que l’impact du gouvernement antisémite français de Vichy dans les années 40.

D’autres films portant sur le même sujet ont été produits tel que «Le Nombril du monde» d’Ariel Zeitoun, tourné en Tunisie en 1993 avec Michel Boujenah au rôle principal. Durant la même année Mounir Baaziz a réalisé un documentaire sur le pèlerinage des Juifs à la Ghriba de Djerba.

On peut cependant remarquer que les défenseurs de la «Tunisie plurielle» se soient quasi-uniquement intéressés à la communauté juive. La richesse de l’identité tunisienne inclut pourtant d’autres apports culturels, d’autres minorités statistiquement tout aussi (sinon plus) importantes. On pense par exemple aux Noirs tunisiens, aux Berbérophones, que nos cinéastes friands de «diversité» semblent avoir tout bonnement zappés.

Thameur Mekki

Lire la première partie :

La question juive dans le cinéma de Tunisie (1)

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