Tunisie : Facebook contre la Révolution ?

La majorité des facebookeurs tunisiens veulent un retour au calme. Mais la roue de la révolution continue de tourner malgré eux. Si d’autres ont fait jours et nuits le siège du Premier Ministère pour réclamer la démission du gouvernement provisoire, ce n’est pas grâce au soutien des réseaux sociaux.


La Révolution Tunisienne a, jusqu’ici, suscité l’adhésion et la mobilisation générale. Mais les Tunisiens semblent aujourd’hui se scinder en deux camps. D’un côté, nous avons ceux qui ont plutôt confiance dans le gouvernement d’union nationale. De l’autre,  l’opposition des jusqu’au-boutistes qui réclament un gouvernement RCD-free et la dissolution de ce parti-Etat.

 

Les premiers sont plutôt des citadins, souvent issus des classes sociales favorisées, qui ont fourni l’essentiel des bataillons de facebookeurs. Les masses des prolos de la Révolution, eux, sont certainement moins connectés sur le web, et fréquemment originaires de l’intérieur des terres. Deux profils donc, qui se sont réunis historiquement autour d’un objectif commun qui se résume en deux mots : «Ben Ali dégage». «Khobz ou Ma Ben Ali la» a scandé la foule en face du Ministère de l’Intérieur, réclamant d’abord et avant tout le départ du dictateur. L’objectif a été atteint, et au-delà de toute espérance. Encore faut-il pouvoir écrire la suite de l’Histoire.

 

Cette révolution a largement profité des réseaux sociaux en général et de Facebook en particulier. Avec  ses 1,6 millions de membres, le second parti tunisien après le RCD a su canaliser l’énergie de ses militants. Mais la majorité des Révolutionnaires de Tunisie n’est pas nécessairement très portée sur le Web 2.0. Les provinces rurales, les banlieues pauvres, toutes ces zones d’ombre oubliées, et opprimées par le régime mafieux ne sont pas passées par facebook pour manifester.

 

Et si des Révolutionnaires ont fait jours et nuits le siège du Premier Ministère, à la Kasbah, pour réclamer la démission des membres du gouvernement provisoire, ce n’est certainement pas grâce au soutien des réseaux sociaux ! Et pour cause : la plupart des Facebookers tunisiens appellent à un arrêt des manifestations, à un retour au calme. Nombre de pages ont été créées pour soutenir le gouvernement en place. Les arguments sont rationnels : il faut prendre son mal en patience jusqu’aux élections et se consacrer à la remise en forme de l’économie tunisienne.

 

Mais que pèse cette rationalité très ordonnée face à une Révolution, à laquelle tous les ‘bienpensants’ ont voulu rapidement et fièrement mettre un point à la ligne. N’en leur déplaise, la Révolution poursuit sa marche pour la disparition totale d’un parti-Etat. Un mouvement qui paraît inexorable en faveur de l’élimination du RCD du paysage politique tunisien. Un parti-état qui a imposé son totalitarisme et ses représentants, qui a permis et maintenu une mafia oligarchique à la tête d’une Tunisie exsangue. Un facebookeur s’interroge à cet égard, mi ironique, mi cynique: « Si on dissout le RCD, un de ses membres s’immolera-t-il» ?

 

Rappelons que le terme « démocratie » lie étymologiquement, le peuple (dêmos) aux pouvoirs du gouvernement (kratia) : le peuple dispose de la souveraineté et la délègue à des représentants. Les pages de l’Histoire tunisienne sont en train de s’écrire dans les rues, dans cette solidarité qui enveloppe de couvertures, la nuit venue, les campeurs de la Kasbah. Mais elle doit également dorénavant s’inscrire dans une légitimité accordée à un gouvernement, qui ne rappelle pas les pages précédentes…

 

 

Léna C.

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