Après les portraits géants de Ben Ali, les visages de l’Artocratie

Ces posters de visages souriants, interrogatifs, perplexes, prenant place, sur des  murs de l’ex RCD, les postes de police, les panneaux de propagande, ont suscité beaucoup de réactions mitigées. De toute évidence, Artocratie ne laisse pas indifférent.

Depuis le lancement, le 17 mars, du projet d’art global  du photographe français JR,  «inside out» ou artocratie,  au label 100 % Tunisie, on assiste à des expositions grandeur nature dans les rues. L’aventure de cette équipe de photographes tunisiens professionnels (Hichem Driss, Sophia Baraket, Aziz Tnani, Rania Dourai, Wissal Dargueche et Héla Ammar)  et de quelques volontaires qui se sont prêtés au jeu, à Sfax et Tunis et ses environs : la Goulette, le port de France, entre autre.  Il est prévu de poursuivre ces expos   à Sidi Bouzid, et dans d’autres villes du pays, tout au long de l’année 2011. 

Près de 12 installations ont été réalisées, jusque là. L’objectif : afficher des portraits en posters de tunisiens, à qui on aurait posé la même question : «que voulez vous pour le futur de votre pays». Question, en effet, encore à l’ordre du jour. Le  programme est structuré : le choix des personnes, des questions, le lieu et la technique du portrait. Rien n’est laissé au hasard, sauf le regard peut-être, sur le face à face du peuple tunisien avec son avenir et son passé.

artocratie

Ces posters de visages souriants, interrogatifs, perplexes, prenant place, sur des  murs de l’ex RCD, les postes de police, les panneaux de propagande, ont suscité beaucoup de réactions mitigées. Surprise, intérêt, refus ! De toute évidence, Artocratie ne laisse pas indifférent : Au delà  de la relation classique  entre le photographe et son modèle, une nouvelle approche  a  été tentée : en sollicitant la participation du passant, les photographes revendiquent la libération des stéréotypes, des images mentales absorbées. Le genre est replacé dans son contexte historique,  politique, psycho-social. Mais cette forme de travail reste inédite, pour les passants tunisiens. Le projet ne pouvait pas, ne pas passer sur le divan. Le tunisien en analyse, sans douleur ? Les posters de Ben Ali, et le culte de sa personne sont encore très vifs, présents en force dans les mémoires. A ce propos, quelques rares remarques étaient d’ailleurs virulentes, s’éloignant du concept esthétique. 

Ce qui est sûr, c’est qu’en explorant cette voie du portrait du visage exposé dans la rue, ces artistes remplaceront la certitude par le doute, l’instant décisif par le moment élastique, la réalité par l’hyper réalité.  Ces visages  touchants, effrayants, fascinants, beaucoup de passants les ont vus, et ont lu des envies, des questions, des réponses sur leurs vies. Alors mission Artocratie accomplie ?

Haifa Kadhi

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