Tunizika, ou la revanche de l’underground Made in Tunisia

 

La musique alternative est de plus en plus populaire au Maghreb. Les réseaux sociaux l’ont diffusée et beaucoup d’efforts ont été faits en back-stage par des supports Web. Bravant l’ordre établi des diffuseurs classiques, le web a mis en avant ceux qui postillonnent de rage sur le micro au détriment des choristes au faux nez.

Trop longtemps mis à l’index par les mass medias officiels, les doyens de la scène alternative tunisienne comptent désormais rebrasser les cartes du star-système. La contagion underground torpille le cacochyme Mainstream à coup de sonorités subversives. Et les vieux “laissés-pour-compte” reviennent maintenant en MC (Master of Ceremonies). Badiâa Bouhrizi (Neyssatou), Zemeken, Lemhaf et autres auteurs de morceaux d’anthologie en savent quelque chose. Pour eux, le récit du soulèvement populaire a puisé quelque part son contenu des airs frondeurs et aigres-doux de la musique émergente. Et la Révolution fut. A ce titre, Tunizika est allé à contre-courant, et a bravé l’ordre établi des diffuseurs classiques. Le site a mis en avant ceux qui postillonnent de rage sur le micro au détriment des choristes au faux nez qui se trémoussent devant. Tekiano est allé recueillir l’avis de quelques protagonistes de la scène alternative. Focus!

1808«La plateforme Tunizika a joué selon nous un rôle très important dans la diffusion de la musique underground tunisienne. A l’époque du lancement de Tunizika et de ses podcasts, il n’y avait pas plusieurs moyens de découvrir des artistes, musiciens et groupes amateurs. Ceci venait du fait que les médias tunisiens se donnaient uniquement pour mission de promouvoir la musique commerciale, et les artistes connus de tous. Plusieurs mélomanes ont découvert Zemeken via Tunizika, et vice-versa » lance Karim, membre du collectif Zemeken.

«A part Tunizika, les seuls autres espaces officieux qui vulgarisaient la scène underground tunisienne étaient le portail Tunizik (qui n’existe plus), mac125, et la rubrique de liens musicales de notre site Web. L’apport de Tunizika a donc été énorme. De surcroit, les instigateurs de l’idée [NDLR : DJ Bouzz et Skan] sont fous passionnés de musique. Et n’eut été leur acharnement dans la promotion de la culture alternative et indépendante tunisienne, la donne aurait été toute autre à ce jour» conclut notre interlocuteur.

Neyssatou-faceMême son de cloche du côté de Badiâa Bouhrizi qui nous apprend ceci : «L’absence de consommateurs annihile le produit, ainsi était l’état de la musique alternative en Tunisie. L’inexistence de consommateurs n’est pas forcément synonyme de piètre qualité du produit comme le prétendent certains. Elle provient plutôt de la peur d’être associé au produit en question. Mehdi Guermazi était le premier à me contacter via Myspace pour m’encourager et me faire connaitre à plus grande échelle. A travers Tunizika, j’ai pu tisser des liens avec d’autres artistes en plus d’avoir des parutions de presse et des prestations supplémentaires dans mon agenda. Tunizika est une plateforme unique en son genre, propulsée par la passion désintéressée de son fondateur qui a transfiguré la sphère de la musique alternative tunisienne».

LemhafLe duo Lemhaf, connu pour l’humeur bon enfant qui se retranscrit manifestement dans ses titres poursuit dans le même sillage : «La musique alternative est de plus en plus populaire au Maghreb. Mis à part le rôle des réseaux sociaux et des sites de partage dans sa propagation, beaucoup d’efforts ont été fait en back-stage par des supports Web à l’instar de Tunizika. On pense que les stations radio sur internet vont jouer un rôle très important dans les années à venir surtout avec la commercialisation des appareils donnant la possibilité de se connecter sur son site préféré dans sa voiture. Un jour, les portails de musique alternative vont se multiplier dans nos contrées et on parlera de Tunizika comme pionnier en la matière» constatent les créateurs de l’ourson.

Razzmatazz

Mais Ahmed Hamza, batteur du collectif RaZZmataZZ ne l’entendrait pas nécessairement de cette oreille. Il pense en effet qu’en Tunisie, les médias jouent un rôle de suiveurs passifs. Selon lui, ils agissent de circonstance et restent aux aguets de ces vedettes d’un soir. « Si par hasard, un incognito fait des étincelles sur Facebook, ils lui courent après, sinon leur sens olfactif n’ira pas aussi loin que leur godasses. Ce ne sont pas de bons renifleurs et ils se font souvent trahir par ce procédé» soutient-il mordicus. Ahmed ajoute qu’à défaut d’avoir des supports médiatiques qui puissent drainer de l’audience sans ostentation, ni tape-à-l’œil, les jeunes talents doivent confirmer leur performances sur Tunizika avant d’avoir les honneurs des médias de masse et intégrer la sphère enviée des strass et paillettes.

 

Mohamed Jebri

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