Les images saccadées du cinéma de Tunisie

 

Les «images saccadées» ont été puisées d’un vivier particulièrement inédit et méconnu par les cinéphiles de la nouvelle génération. Habib Mestiri, en profite pour braquer son objectif sur l’histoire du cinéma amateur. La différence avec le cinoche des «pros»? Une question de moyens.


imagessaccadees-affTout feu tout flamme, le film tunisien repart de plus belle dans nos salles obscures. «Images saccadées», tel est l’intitulé du documentaire qu’a choisi Habib Mestiri, son réalisateur pour redorer le blason du cinéma amateur tunisien. L’homme qui a roulé sa bosse 14 ans durant dans les studios du bouquet Orbit basés à Rome et à Al Jazeera braque ainsi son objectif sur l’histoire du cinéma amateur, sa trajectoire et retrace ainsi son évolution. «Après une période d’exil plutôt longue passée à l’extérieur du pays, je me suis battu pour ramener dans ma valise de retour, un ouvrage dont le but est de valoriser l’apport du cinéma amateur tunisien. C’était aussi une occasion pour retourner à mes premières amours» déclare Habib Mestiri, en guise d’introduction synoptique avant la projection de son documentaire.

Vue d’ensemble

mestiri3Les images du film, fussent-elles saccadées, ont été puisées d’un vivier particulièrement inédit et méconnu par les cinéphiles de la nouvelle génération. Pour étoffer ses pellicules, Habib Mestiri est allé recueillir des témoignages édifiants racontés par les vieux de la vieille de la sphère cinématographique tunisienne. Des figures de proue du domaine à l’instar de Taieb Louhichi, Ridha Behi, Omar Khelifi pour ne citer que ces derniers y ont prêché pour leur paroisse. «C’est un travail de très longue haleine. Le projet a démarré en 2006 et il a fallu 5 années entières pour que le film soit réellement prêt à être projeté dans les salles de cinéma» constate le réalisateur. «J’ai dégoté les ingrédients du documentaire dans les archives de la Fédération Tunisienne du Cinéma Amateur. La plupart des passages ont été extraits de bandes 16mm et super 8. J’ai mis beaucoup de temps avec le monteur en chef, Karim Hammouda dans la sélection et la numérisation du contenu. Je lance d’ailleurs un cri de détresse à l’attention des responsables du Ministère de la culture pour préserver notre patrimoine filmographique. Notre médiathèque, ou du moins, les bandes qui ne sont pas encore abimées, risque de se détériorer» martèle Habib Mestiri.

Cinéma amateur : Fiche d’identité!

La projection du film «Images saccadées» le 27 mai au cinéma «7ème art» s’est déroulée dans le cadre de la reprise d’activités du ciné-club de la salle éponyme. La séance a donc tourné au débat sur l’histoire du cinéma amateur. Et l’assistance a eu droit à une foire aux questions en présence du réalisateur accompagné de son équipe technique.

 

debat

La différence entre cinéma amateur et professionnel? «C’est avant tout une question de moyens. Le format n’y est pas pour beaucoup là-dedans. Aussi, la première catégorie s’est illustrée par la marge de liberté supplémentaire qu’elle s’est adjugée du fait qu’elle n’est pas régie par les subventions de l’Etat. Les restrictions imposées parfois par les chaînes de distribution, elle ne connait pas» précise Habib Mestiri.

D’autres cinéphiles ont souligné que le cinéma amateur a toujours servi de mégaphone pour les voix dissidentes (souvent de gauche) sous le régime de Ben Ali. A ce constat, le réalisateur a rétorqué que la masse vire toujours aux extrêmes lorsqu’elle est gouvernée par un système répressif. «Ce point a d’ailleurs été traité dans le film. Je dirai même que c’est peut-être ce soupçon d’audace, qui a fait de mon film un produit contestataire et intrépide. Ce qui nous a empêché d’avoir la subvention du Ministère quand elle était sous la férule de Mohamed El Aziz Ben Achour» souligne le réalisateur. A noter que le film sera en tournée dans les différentes salles de cinéma tunisiennes dans les prochaines semaines.

 

Mohamed Jebri

Print Friendly, PDF & Email

Plus :  Actu   TopNews






  • Envoyer