Tunisie : Plutôt El General et Bendirman que Bouchnak !

 

Le plus prestigieux de nos festivals d’été fera la part belle au Rap, et à la vraie chanson engagée tunisienne. Exit Bouchnaq. Grâce devrait être rendue aux pionniers, aux précurseurs, à ceux qui se sont égosillés sous les matraques alors que d’autres touchaient le jackpot. Tous les artistes de Tunisie ne se sont pas couchés devant la tyrannie.

La musique de la jeunesse tunisienne, longtemps confinée dans l’underground, privée de médiatisation, quasiment interdite sur nos ondes fm aura désormais droit de cité. Elle sera même récompensée. Et de la plus belle manière. Le plus prestigieux de nos festivals d’été, l’un des événements les plus importants du monde arabe, fera la part belle au Rap, et à la vraie chanson engagée tunisienne.

Exit Bouchnaq. Le syndicat tunisien des professions musicales a jugé sa présence à l’ouverture du Festival de Carthage malvenue. Alors même que M. Ezzeddine Bach Chaouch, ministre de la Culture au Gouvernement provisoire, a annoncé, le vendredi 10 juin que le choix a été porté sur Lotfi Bouchnak pour la soirée inaugurale de Carthage. Ainsi, le chanteur devait donner «un concert inspiré de la Révolution tunisienne, en collaboration avec une importante participation d’artistes tunisiens et arabes ». Mais le ministère de la culture a fini par reculer devant la bronca des hommes du métier.

Il n’en fallait pas plus pour que la polémique enfle comme la tête de certaines de nos starlettes. Indépendamment de la valeur artistique de sa production musicale, Bouchnak, l’homme serait-il l’homme de la situation ? Serait-il vraiment le plus représentatif du mouvement révolutionnaire de la jeunesse tunisienne ? S’est-il vraiment impliqué ? A-t-il donné de la voix pour défendre les idéaux de la Révolution alors que la flamme n’était qu’une minuscule étincelle exposée aux quatre vents ?

Les chantres de la liberté, fidèles à leurs principes n’ont jamais manqué dans la Tunisie d’hier et d’aujourd’hui. Pendant que d’autres chantonnaient leurs berceuses pour mieux endormir le peuple, d’autres sonnaient le tocsin pour donner l’alarme, et le réveiller.

On se souviendra que Bendirman n’a pas entendu le 14 janvier pour chanter Redeyef, faisant appel aux mânes de Bechir Khraief, dans une chanson où la poésie se le dispute à la critique la plus acérée. La ballade 99% tournant en dérision nos parodies d’élection paraissait surgir de Mars, tellement son audace sarcastique était inhabituelle sous notre chape de plomb.

generalOn se souviendra qu’El General a ouvert le feu en sortant l’artillerie lourde avec «Rayyes Lebled». Avant de galvaniser les troupes révolutionnaires de la Tunisie avec sa bombe incendiaire, «Tounes Bledna». D’autres comme Ferid El Extranjero, se sont exilés pour échapper aux flics et à tous ceux qui sortaient leur revolver quand ils entendaient le mot culture.

Pendant 23 années de plomb, la culture officielle roupillait. Et ses larbins signaient des pétitions visant à enfoncer davantage le clou dans le cercueil de la démocratie tunisienne. Une signature, une caution de maître-chanteur pour un dictateur qui connaissait la musique.

Non. Tous les artistes de Tunisie ne se sont pas couchés devant la tyrannie. Non. Toutes les cantatrices de Tunisie n’ont pas chanté lors des fêtes privées de la famille du tyrannosaure. Si ceux qui ont fait semblant de regarder ailleurs sont majoritaires, grâce devrait être rendue aux pionniers, aux précurseurs, à ceux qui se sont égosillés sous les matraques alors que d’autres touchaient le jackpot. L’ouverture du Festival de Carthage se devait donc d’être réservée à un petit coup de chapeau aux bardes de la Tunisie en mouvement.

Lotfi Ben Cheikh

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