Tunisie : A qui profite l’attaque de l’AfricArt?

Des dizaines de barbus se sont rassemblés devant la salle de cinéma AfricArt, située au cœur de Tunis, dans un périmètre a priori très sécurisé. Les extrémistes ont hurlé des slogans hostiles avant de briser les vitres et de forcer l’entrée dans le cinéma. A qui profite cette attaque violente et organisée d’un lieu de culture ?

Le collectif «Lam echaml» a organisé,  dimanche 26 juin 2011, en partenariat avec l’institut Arabe des Droits de l’Homme, une manifestation culturelle pour dénoncer les «pratiques qui menacent la liberté de pensée». En clair, il s’agit pour l’association de s’ériger contre  les dérives obscurantistes. L’événement a eu lieu au cinéma AfriCart à 17 heures.
Les organisateurs ont invité des personnalités comme Amel Hamrouni, la cantatrice de la troupe de Gabès à la sensibilité de gauche, l’actrice Sawssen Maalej (qui a déjà suscité la polémique avec ses sketchs et qui a été attaquée par le rappeur PsycoM), Nouri Bouzid, réalisateur de renommée internationale qui a été violemment agressé par un barbu, et  Sghaier Ouled Ahmed, le poète subversif par excellence, dont les vers n’ont épargné ni le pouvoir, ni la religion.

Autant dire que l’assemblée était constituée de personnalités connues et reconnues, et surtout déjà très médiatisées.  Nouri Bouzid, par exemple, a été décoré  des insignes de Chevalier de la Légion d’honneur au cours du dernier festival de Cannes.

Deux films documentaires étaient programmés :
– «En attendant Abou Zayd» du syrien Mohamed Ali Attassi
– «Ni Allah ni maître» de Nadia el Fani, la réalisatrice franco-tunisienne qui a déjà eu l’occasion de défrayer la chronique en Tunisie. La cinéaste n’était pas présente. Elle a dû rester en France,  officiellement pour des raisons médicales.

 

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Et le pire est advenu. Des dizaines de barbus se sont rassemblés devant la salle de cinéma AfriCart, située au cœur de Tunis, dans un périmètre a priori très sécurisé. Les extrémistes ont hurlé des slogans hostiles avant de forcer l’entrée dans le cinéma pour empêcher la projection du film de Nadia ElFani. Les vitres ont été brisées, le directeur de la salle, M. Habib Belhedi, a été frappé à coups de bâtons, et aspergé de gaz lacrymogène.

En mai dernier, Nadia El Fani  a déjà provoqué une polémique sans précédent en déclarant publiquement son athéisme sur la chaine Hannibal TV, au cours de l’émission «Zoom 3ala thaqafa». Si son film «Bedwin Hacker» sorti en 2003, a été moins controversé, il n’en a pas moins abordé des sujets « sensibles» tels que «l’homosexualité et la bisexualité» féminine. La production de la réalisatrice franco-tunisienne réunit donc tous les ingrédients d’un cocktail explosif, dans le contexte post-révolutionnaire, et pré-électoral.
Béchir El Fani, ancien activiste de gauche et père de la réalisatrice a commenté ainsi cette agression : «Nous nous sommes habitués à ce que l’affrontement ait lieu entre les islamistes et le gouvernement. Maintenant, les islamistes visent les ‘’non islamistes’’. Il faut s’y habituer. L’essentiel, c’est de ne pas céder».

Reste à savoir à qui profite réellement ce type «d’expédition punitive», dans un contexte politique déjà très tendu. Quelques heures à peine après l’attaque de l’AfricArt, Zied Daoulatli, membre du bureau exécutif du parti Ennahdha, a déclaré, sur les colonnes de Kapitalis, «Nous condamnons fermement cette violence et nous allons publier un communiqué en ce sens». Plus grave encore. Dans le même journal électronique, le dirigeant d’Ennahdha a précisé : «Nous avons des informations selon lesquelles des groupes d’extrémistes, dont beaucoup portent la barbe, préparent des actions comme celles d’aujourd’hui pendant l’été et durant Ramadan».

Synth. LBC

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