Tunisie : Les rappeurs ont-ils (vraiment) participé à la Révolution?

 

Depuis la chute de Zaba, les médias ont beaucoup focalisé sur la «participation des rappeurs à la Révolution». Quelle est la part de vérité dans ce discours? N’y-a-t-il pas eu des rappeurs mauves qui ont servi la soupe au régime ? Kerim Bouzouita,  l’un des meilleurs spécialistes tunisiens de la culture underground, nous répond.

KerimBouzouitaLa Révolution a mis les rappeurs tunisiens aux devants de la scène. Certains d’entre eux passent ainsi du statut d’artiste marginal et confidentiel à celui envié d’une star officielle. Dès la première semaine de la fuite de Zaba, ces artistes se sont mis à défiler sur les écrans de nos télés, après des années, pour certains d’entre eux, d’exercice musical semi-clandestin. Mais voici même qu’ils arrivent désormais à éjecter une star de la musique arabe comme Lotfi Bouchnak du Festival de Carthage. Ote-toi de là que je m’y mette !

Depuis la chute du régime de Ben Ali, les médias ont beaucoup focalisé sur une certaine «participation des rappeurs à la Révolution tunisienne». Quelle est la part de vérité dans ce discours? N’y-a-t-il pas eu également  des rappeurs mauves que le régime mettait en avant pour faire sa promotion ? Pour Kerim Bouzouita,  l’un des meilleurs spécialistes tunisiens de la culture underground, «c’est une question épineuse».

 

Selon lui, «Il existe bien quelques artistes qui se sont inscrits dans la contestation bien avant le 14 janvier. Les plus actifs et les plus engagés, à mon sens, ont été Bendirman, LaK3y, Ferid Extranjero, Mounir Troudi, Mos Anif, Dj Costa et l’inclassable Karkadan. Paradoxalement, le jeune rappeur El General était un nouvel arrivé dans le monde de l’underground lors de son arrestation. Son titre phare «Rayes lebled» est bien moins cinglant que «Mafia Royale» de Dj Costa ou que «Tahchi Fih» de Mos Anif ou les textes saignants de Ferid Extranjero. D’autres artistes se sont plutôt exprimés par indignation la première quinzaine du mois de janvier comme Weld el 15».

Faut-il pour autant considérer tous les rappeurs comme des révolutionnaires ? Pour Kerim Bouzouita, «le plus gros des troupes ne s’est dépêché de chanter la Révolution qu’après le 14 janvier. Ce qui constitue, bien évidemment, un hommage au soulèvement populaire et en aucune manière un engagement pré-révolutionnaire».  L’universitaire qui a fait de l’underground un champ de recherche scientifique souligne : «je ne peux pas vraiment trancher sur la question et sur le rôle des artistes dans la Révolution. Beaucoup étaient entretenus depuis de nombreuses années par le régime. Quant aux rappeurs, ce qui est certain, c’est qu’on n’a pas vu un rappeur s’immoler ou prendre une balle provoquant cette indignation nécessaire aux révolutions. Ce fut plutôt le cas d’un homme de théâtre à Sfax». Encore des doutes ? Bouzouita enfonce le clou : «nous n’avons pas non plus assisté à une manifestation de rappeurs à la manière des actions réalisées par les avocats ou des étudiants».

T.M

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