Tunisie : Armada Bizerta, rap contre l’impunité de la police

«Sharing The Spring», concert fêtant la clôture du 3ème meeting de Creative Commons dans la région arabe, a été marqué par les performances de Lak3y et d’Armada Bizerta. Ces rappeurs ont chanté la révolution bien avant le 14 janvier. Et ils l’ont célébré, samedi 05 juillet, à Ennajma Ezzahra (CMAM). Armada Bizerta en a profité pour présenter son  nouveau morceau, «The Sound Of Da Police».

Hormis quelques pas timides sur les rythmes chaloupés des Barbaroots, le public présent à l’espace plein air du Centre des Musique Arabes et Méditerranéennes a été très peu réactif.

C’est avec le début du passage enflammé du rappeur Lak3y appuyé par le backing vocal de Djambo que le rythme a commencé à emballer le public lors de ce concert organisé par Creative Commons, Nawaat avec le soutien d’Al Jazeera Network. Les rappeurs du collectif Sound Of Freedom n’ont pas attendu le 14 janvier 2011 pour critiquer le système de Ben Ali et annoncer sa faillite. Les rimes enragées de Lak3y l’ont révélé dans un morceau au titre satirique «Tounes Bikhayr», lancé en partage libre sur le web depuis décembre 2010.

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Le rappeur y revendique son droit à la parole libre et y dénonce la répression des artistes et de la presse ainsi que la marginalisation des jeunes dans son morceau «Besoin d’expression». Le jeune artiste hip hop a bouclé sa performance avec son morceau ode à la révolution tunisienne «Tounes Horra» appelant à abolir le régionalisme et à se débarrasser des séquelles de l’ancien régime afin de reconstruire la patrie et promouvoir les libertés.

Lak3y n’est pas le seul rappeur tunisien à avoir participé à «Sharing The Spring». Armada Bizeta, groupe également membre du collectif Sound Of Freedom, est monté sur scène après une performance présentée en duo par le l’artiste marocain Reda, adepte de musique gnawa et le guitariste new-yorkais Mark Levine. Armada Bizerta n’a pas tardé à afficher la couleur. «Armentalita» est le premier morceau qui a été interprété par le groupe. Malex, Gal3i, Campos et BlackoM ont révélé avec leur musique hard core et leurs lyrics leur adhésion à la mouvance attachée à l’old school et leurs revendications libertaires.

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Pur produit de l’underground, Armada Bizerta reste fidèle au fondamentaux de la culture hip hop et à sa nature contestataire. Cet aspect s’exhibe davantage avec le morceau «Sound Of Da Police», clin d’œil au track culte de l’artiste référence, KRS One. Rappelons que le morceau a déjà été repris par des artistes phares dans la scène hip hop française à l’instar de Cut Killer et le Suprême NTM. Dans ce morceau, Armada Bizerta condamnent la brutalité, la corruption et l’abus de pouvoir policier et tiennent à rappeler l’implication de la police dans l’assassinat des martyrs de la Révolution tunisienne. Haro face à l’impunité ! Et le combo n’a pas manqué de laisser entendre la voix d’un flic via un témoignage retiré d’un reportage tv. «Voilà, l’opinion et l’opinion opposée» lance Gal3i, rappeur et beatmaker du groupe, avec ironie en clin d’œil au slogan d’Al Jazeera.

 La spécificité de la touche d’Armada Bizerta s’affiche encore plus avec leur morceau «Arbi Horr» lançant un message de soutien et de solidarité avec tous les peuples arabes opprimés résistants contre la dictature.

 Les performances de Lak3y et celle d’Armada Bizerta viennent rappeler la nature mordante de la musique rap. Le concert «Sharing The Spring» a été l’un des rares espaces à avoir sorti de l’ombre ces rappeurs alliant engagement et créativité. De quoi aviser le public que parmi les rappeurs tunisiens, il y en a ceux qui sont conscients et déterminés à rappeler que l’authenticité du rap réside dans le fait que c’est une musique de contre-culture.

Thameur Mekki

Crédit Photos : Mourad Ben Cheikh Ahmed 

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