Tunisie : Investir dans la censure… ou dans la culture?

 

Le P2P, les Proxys et autres simples solutions se présentent aux passionnés du porno. Même les enfants maitrisent ces rouages. La décision de la Cour d’appel de censurer les sites pornos coûtera à l’ATI plus de 72 millions de dinars. Devrait-on les investir dans la culture et le développement ou dans la censure et l’isolement? Réflexion.

censure-argent-culture-220La Cour d’appel de Tunis a confirmé, lundi 15 août, la décision de première instance ordonnant ainsi à l’Agence Tunisienne d’Internet (ATI) de censurer l’accès à tous les sites à caractère pornographique. Rappelons que ce verdict est tombé après que la Cour d’appel ait refusé la demande de l’ATI de suspendre l’exécution du jugement. Malgré avoir bataillé en première instance et en appel sans avoir gain de cause, l’ATI poursuivra sa lutte afin de ne plus jouer le rôle d’un Ammar 404 national. Le principal opérateur public d’internet a déclaré, dans un communiqué publié le 15 août, son intention de faire recours à la Cour de cassation.

«La cassation n’a pas d’effet suspensif et donc l’ATI est obligée d’appliquer dès maintenant la décision de la Cour d’appel» a indiqué Moneem Turki, un des trois avocats plaidant pour la censure des sites pornographiques, à l’Agence France Presse. De sa part, l’ATI rappelle, dans son communiqué, que «jusqu’à ce jour et depuis le 14 juin 2011, le filtrage des adresses des sites pornographiques répertoriés par Smartfilter n’a pu être réalisé pour les cinq fournisseurs de services internet (…) sans constater des dégradations au niveau de la qualité de service (…)». La fluidité du trafic internet sera ainsi affectée. Et ce n’est pas tout. Selon une étude technique effectuée par un groupe de cinq experts tunisiens indépendants sur l’efficacité et les coûts engendrés par une telle opération, le budget à consacrer pour censurer l’accès à tous les sites à caractère pornographique est estimé entre 72 et 79 millions de dinars pour les cinq années à venir. Et encore… Cette étude, publiée sur le blog collectif militant Nawaat.org, atteste que l’efficacité d’une telle mesure est loin d’être prouvée. Le P2P est aussi accessible qu’une bouteille de Cola dans l’épicerie du coin. Les Proxys, nous en savons quelque chose. Demandez aux cyber-flics de Ben Ali.

Avons-nous à payer de l’argent du contribuable cette exorbitante somme de 72 millions de dinars (au minimum) pour financer la censure? Ne serait-il pas plus judicieux d’immuniser les enfants tunisiens en les dotant d’une initiation à la culture d’internet? Leurs parents pourraient aussi bénéficier de formations en matière de solutions de contrôle parental et faire l’objet de vastes et efficaces campagnes de sensibilisation. Avec un budget aussi abondant d’autres alternatives pourraient être avancées à l’instar d’intégrer une matière dédiée à l’éducation aux médias dans les programmes de l’enseignement de base. Au moment où les nouvelles technologies de l’information et de la communication redessinent la carte politique du monde et contribuent à changer les destins des peuples, les prochaines générations tunisiennes ont intérêt à les maitriser non seulement d’un point de vue purement technique mais également d’une optique culturelle.

Ces 72 millions de dinars pourraient immuniser toute une génération contre les dangers d’internet et des nouveaux médias et en faire une génération avertie digne de décrypter les différents types de contenu médiatique, capable de s’en servir pour développer les différents secteurs économiques. Au lieu d’investir ces 72 millions de dinars pour censurer, pourquoi ne pas les investir pour créer des énergies vives, pour employer des centaines de chômeurs diplômés en communication, en informatique, en journalisme et en multimédias.

Quel est le choix le plus judicieux, investir dans la culture et le développement ou dans la censure et l’isolement?

 

Thameur Mekki

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