Tunisie : Urban Fen, où l’underground perd sa virginité

Il y a une semaine que le voile a été levé sur le nom du vainqueur de la première édition d’Urban Fen, première émission tunisienne de téléréalité dédiée aux arts de rue. Les rappeurs participants ont abandonné les sentiers puritains de l’underground pour aller à la conquête du mainstream. Focus

k2rhyme-urban-fen-200811Jackou, Ghostman, Djambou et Jok-El-R étaient les quatre rappeurs en finale d’Urban Fen. Ce surprenant invité de la grille de programmation d’Hannibal Tv en ce mois de ramadan a révélé de talentueux artistes-hip hop tunisiens. Chacun des quatre rappeurs s’est distingué par son flow original, ses textes crus et une atmosphère sonore rageuse. Autant d’éléments nous référant à un attachement aux fondements de la culture Hip Hop. Ces rappeurs, manifestent d’une scène underground tunisienne aussi créative que consciente de la richesse du terroir old school, se sont adonnés à un exercice difficile : celui de se frotter lors de la première fois de leurs cursus aux artistes de la scène commerciale, à la machine médiatique et à l’industrie du disque. Une sphère où l’underground perd sa virginité !

«Maître» coiffé par les disciples

Sefyu, Mister You, Kenza Farah, Sexion D’Assaut et autres stars invités par l’émission n’ont qu’un seul dénominateur commun : le succès commercial. Il ne faut pas se leurrer. Il s’agit bien d’une téléréalité. Même si le co-producteur de l’émission, K2Rhyme, rappeur tunisien évoluant entre la France et le Golfe Arabe, porte un ghetto blaster sur l’épaule dans le trailer du reality show, Urban Fen est loin d’être fidèle aux préceptes de l’old school comme la stipule l’esthétique de sa bande annonce. D’ailleurs, K2Rhyme, présenté comme l’expert de l’émission et le parrain des rappeurs candidats, est d’un niveau artistique très limité. Même s’il compte à son actif quelques clips et autres collaborations avec des stars de la scène internationale à l’instar de Tunisiano, Reda Taliani ou encore Truth Hurts, son sens du rythme est chancelant, son flow est décalé par rapport au punch line sans parler de ses lyrics sans propos. Il suffit d’écouter des morceaux comme «La Fiesta», «How we do» ou «Troisième guerre» pour en faire le constat.

Ingénieuse idée de «Ba3eth el 9anet»

«L’underground a commencé avec le Psychedelic House» apprend Mehdi Cherif, chef de produit chez Virgin Megastore Middle East, aux jeunes rappeurs d’Urban Fen. Et il ajoute: «Underground, cela n’a rien à voir avec le fait que c’est commercial ou pas commercial». Le regional senior buyer de ce major a réduit la définition de l’underground à un simple sous genre musical. Alors que comme le savent les avertis, il s’agit d’un terme anglais signifiant «souterrain» dont l’usage dans un contexte culturel s’apparente à toute mouvance artistique se développant en marge des circuits de production et de diffusion conventionnels. A noter que comme l’ont précisé dans une interview sur Mosaïque Fm les producteurs de cette émission d’Hannibal Tv, il s’agit d’une idée de Larbi Nasra. Selon eux, le fameux «promoteur de la chaîne voulait promouvoir la culture alternative».

Jackou, rappeur issu du chaud quartier tunisois de Djbel Djeloud, a fini par être élu comme vainqueur de cette première édition d’Urban Fen. Les producteurs de l’émission ont promis de lui tourner un clip à Dubai ainsi que d’assurer la distribution de son premier disque par un label affilié à Virgin Middle East. Le jeune artiste maintiendrait-il sa flamme ou tombera-t-il dans le bling bling? Les adeptes de la réputée école du Dej Dej (appellation de son quartier dans le jargon du milieu hip hop tunisien) à l’instar de Pazaman et Tiga resteront, de toutes les façons, au temple… Histoire de bien garder la tradition.

 

Thameur Mekki

P.S : Chokran li ba3eth al 9anet

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