Tunisie : Facebook supprime une page «Djihadiste»

 

Appels à la violence, incitations au meurtre, manuels de fabrication de bombes et kalachnikovs faits maison sont mis en ligne sur Facebook. Des autoproclamés forces djihadistes tunisiennes s’organisent et communiquent sur le réseau social. Leur page a été bannie suite à une mobilisation des internautes.

jihad-kalachnikov090212«La page officielle des forces djihadistes en Tunisie», c’est ainsi que s’est présentée [en langue arabe,NDLR] une page sur le réseau social regroupant quelques milliers de fans et autant de scandalisés. Après avoir été massivement signalé par les utilisateurs tunisiens, cette page a été supprimée de Facebook, le soir du mardi 7 février.

Ces présumés «forces djihadites» allaient jusqu’à se référer, en vidéo, au défunt leader de l’organisation terroriste d’Al Qaida Ben Laden. Ils y menacent de mort Jalel Brik, franc-tireur islamiste connu par ses coups de gueule en vidéos diffusés sur le web social. Autres personnalités de notoriété publique à l’instar de Sofiène Ben Hamida, chroniqueur chez Nessma Tv ou encore l’écrivain et universitaire Raja Ben Slama sont la cible des administrateurs de cette page. Aussitôt, bon nombre d’utilisateurs du réseau social de Mark Zuckerberg se sont mobilisés en signalant cette page jusqu’à sa suppression.

L’apparition de cette page n’est pas sans rappeler le phénomène des pages «Moubid» en mai 2010. A l’époque, on s’attaquait aux profils de certains cyber-dissidents et intellectuels tunisiens tels que Leena Ben Mhenni, Haythem El Mekki et Olfa Youssef. Qualifiés d’«athées» voire même traités de «mécréants», les administrateurs du «Moubid» fédérant toute une communauté d’internautes procédaient à des campagnes d’«épuration» sur le réseau social en signalant les profils de leurs cibles.

Fabrice Epelboin, directeur de publication de ReadWriteWeb France, défunt blog dédié aux technologies du net, avait mené une enquête sur le sujet. Il avait conclut dans son article intitulé «Guerre civile sur Facebook» qu’il ne s’agissait pas d’une vraie cellule islamiste. Selon Epelboin, il s’agit plutôt d’une manipulation du pouvoir dictatorial tunisien faisant croire à une offensive islamiste.

Manipulateurs ou vrais djihadistes ? La précarité sécuritaire en Tunisie favorise un terrain fertile pour les théories conspirationnistes, à la désinformation et à la psychose. Cette page des «forces djihadistes» supprimée a laissé beaucoup de questions en suspens. Et ce n’est ni le Ministère de l’Intérieur peu réactif ni les lois pénales archaïques qui apporteraient des réponses.

 

Sarah Ben Hamadi

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