Des espions en Tunisie selon Nawaat

 

Bientôt la publication de documents concernant l’espionnage en Tunisie. D’après Nawaat, partenaire de Wikileaks dans cette opération, sur les cinq millions d’emails internes du cabinet de renseignement Startfor, cinq mille se rapportent à la Tunisie.


Depuis le 27 février, Wikileaks a entamé une nouvelle opération de diffusion de documents confidentiels : Global Intelligence Files. Cette fois, c’est du cabinet de renseignement américain Stratfor qu’il s’agit. 25 médias et groupes d’activistes sont partenaires de cette opération dont Nawaat, qui affirme que sur les 5 millions de courriers électroniques couvrant une période allant de juillet 2004 à fin décembre 2011, 5 mille concernent la Tunisie.

Officiellement Stratfor propose à ses clients des renseignements stratégiques sur le commerce mondial, l’économie, la sécurité et les affaires géopolitiques. Mais selon le communiqué de Wikileaks, le cabinet américain, souvent surnommé the «Shadow CIA» ou la «CIA de l’ombre», emploi «des réseaux d’informateurs, de structures de versement de pots-de-vin, de techniques de blanchiment d’argent et de méthodes psychologiques» et « dispose à la fois d’informateurs déclarés et secrets, incluant notamment des employés gouvernementaux, du personnel travaillant dans les ambassades ainsi que des journalistes du monde entier.»

Sami Ben Gharbia, co-fondateur de Nawaat schématise le fonctionnement de Stratfor et précise par ailleurs, qu’il a pu reconnaître une des personnes les plus importantes du renseignement de Stratfor à Tunis, avec un rang de Watch Officier (employé observateur). «Il s’agit d’un européen qui aurait la nationalité allemande».

 

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Nawaat n’est pas à sa première collaboration avec Wikileaks. Novembre 2010, le blog collectif publiait en exclusivité les documents confidentiels et les échanges entre l’ambassade américaine en Tunisie et le département des affaires étrangères américain. Les Tunileaks avaient permis de révéler que les américains n’appréciaient pas Ben Ali : «Trop souvent, le gouvernement tunisien préfère l’illusion de l’engagement au travail sérieux pour une réelle coopération. Le changement majeur en Tunisie devra attendre le départ de Ben Ali, […] La Tunisie a de gros problèmes.» pourrions-nous lire dans l’un des câbles. Les magouilles de Sakher El Materi faisaient également partie des échanges entre les diplomates.

Il est toutefois important de noter que Nawaat n’avait pas manqué de relever à l’époque, que si les américains étaient pressés de voir Ben Ali partir, ils ne s’intéressaient pas aux opposants de Ben Ali. «Parmi les éléments les plus troublants, du moins concernant les documents que nous avons examinés, c’est cette absence flagrante des forces démocratiques tunisiennes au niveau des échanges entre l’ambassade US et le département d’Etat. L’opposition démocratique est mentionnée à deux ou trois reprises, mais c’est presque d’une manière collatérale, voire accidentelle. Et ce qui est d’autant plus troublant, c’est que malgré le fait que la diplomatie américaine n’attend que le départ de Ben Ali pour observer un réel changement (« Major change in Tunisia will have to wait for Ben Ali’s departure »), l’opposition démocratique dans ce contexte n’incarne ni une alternative sérieuse ni même une force politique avec laquelle il serait utile d’avoir des rapports étroits.» notait l’équipe de Nawaat un mois et demi avant la Chute de Ben Ali. Une remarque qui pourrait, avec un peu de recul, nous expliquer le soutien des Etats-Unis à Ennahdha aujourd’hui.

Avec la diffusion des Global Intelligence Files, Wikileaks entend «lever le voile sur les pratiques et l’espionnage privés». Avec ce qui sera bientôt publié par Nawaat, nous pourrons, peut-être, lever le voile sur la nature et les objectifs des informateurs en Tunisie et savoir pour le compte de qui ils travaillent.

 

Sarah Ben Hamadi

Crédit photos Nawaat

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