Cyber-censure : la Tunisie toujours sous-surveillance selon RSF

 

A l’occasion de la journée mondiale contre la cyber-censure, Reporters sans frontière publie son rapport 2012. Sans surprise, l’Arabie saoudite et la Chine figurent dans la liste noire des pays ennemis d’Internet. La Tunisie, la France et la Turquie figurent dans la liste des pays sous surveillance.

«Si le filtrage continue de progresser, c’est surtout la surveillance qui se développe. Les censeurs préfèrent consulter l’activité des dissidents et de leurs contacts sur la Toile plutôt que de les empêcher d’y accéder.» affirme Reporters sans frontière dans l’introduction de son rapport 2012 sur les ennemies d’Internet, publié lundi 12 mars à l’occasion de la journée mondiale de la cyber-censure.

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La Cartographie présentée par Reporters sans frontières démontre qu’à l’exception de la France et l’Australie, les pays dits démocratiques ne sont pas concernées par la censure du web. Ils ne sont pas épargnés pour autant. «La pression s’accroît sur les intermédiaires techniques, encouragés dans certains pays à jouer un rôle de police du Net» déplore RSF, avant de rajouter «Des sociétés de surveillance deviennent les nouveaux mercenaires d’une véritable course à l’armement en ligne.». L’organisation n’hésite d’ailleurs pas à pointer du doigt le cas des Etats-Unis : «Le discours des officiels américains sur l’importance de la lutte contre la cyber-censure et leur financement d’outils de contournement de la censure, est contredit par le traitement réservé à WikiLeaks. Le blocage de ses sources de financement – notamment Visa et MasterCard, a handicapé le fonctionnement du site. Bradley Manning, soupçonné d’être l’un des informateurs de WikiLeaks, a été détenu dans des conditions déplorables pendant plusieurs mois. Julien Assange, le fondateur de WikiLeaks, est, lui, sous le coup d’une “inculpation secrète” que Reporters sans frontières demande aux autorités américaines de clarifier.»

La Tunisie, toujours sous surveillance

Si la Tunisie a quitté la liste des pays ennemis d’Internet avec la chute de Ben Ali en 2011, elle est encore sous surveillance, et beaucoup reste à faire pour préserver aussi bien la liberté de la presse que la liberté d’expression sur Internet. D’ailleurs RSF insiste sur la fragilité de la liberté d’information en Tunisie, notamment avec la série de décisions judiciaires sur le filtrage qui pourrait faire renaître Ammar 404 de ses cendres. «Si la liberté de ton est réelle, les nouvelles lignes rouges signalées dans le chapitre Tunisie du rapport 2011 sur les Ennemis d’Internet (violences commises par la police et l’armée, corruption, difficultés du gouvernement) restent d’actualité.», précise l’organisation qui revient dans son rapport, sur trois plaintes déposées à Médenine par Maître Mabrouk Korchide contre un blogueur et deux citoyens tunisiens, suite à leurs publications rendant compte de la mobilisation contre sa nomination au poste de conseiller du gouverneur. «Le blogueur Riadh Sahli est poursuivi pour “diffamation” sur Internet suite à la simple reprise, sur sa page Facebook Médenine informative, d’un communiqué envoyé par des manifestants. Youssef Fillali, simple citoyen ayant commenté cette publication, est également poursuivi par Maître Korchide pour “diffamation” (…) Le procès, premier en diffamation de l’ère post-Ben Ali, qui devait se tenir le 22 février, a été reporté au 14 mars. Par ailleurs, l’avocat poursuit également un autre blogueur de Médenine, Marwane Athemna, pour “diffamation” et “diffusion de tracts” portant atteinte à sa personne.» affirme RSF qui n’exclue pas un risque retour au filtrage. L’ordre du tribunal militaire permanent de Tunis de censurer cinq pages Facebook en mai 2011, ainsi que les procès qui oppose un groupe d’avocat à l’Agence Tunisienne d’Internet, pour le blocage des sites à caractère pornographiques en sont la preuve. Rappelons que pour ce dernier procès, l’ATI refusant de censurer ces sites s’est engagée dans une longue bataille judiciaire et a fait recours à la Cour de cassation qui a renvoyé le procès en appel le 22 février dernier.

Dans son communiqué, Reporters sans frontières note que malgré les inquiétudes que suscite la Libye, la chute de Kadhafi lui a permis de quitter la liste des pays sous surveillance. L’organisation précise toutefois que l’année 2011 «restera comme une année d’une violence sans précédent contre les net-citoyens» et assure que plus de 120 net-citoyens sont emprisonnés à ce jour.

 

S.B.H

crédit photo: Reporters sans frontières

 

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