Tunisie : Tatouage permanent à 30 dinars!

 

«Se faire tatouer à 30 dinars» c’est l’évènement qui se tient au Plug à Kobet Lahwé du côté de la Marsa, 21 au 27 mars. Reportage sur les lieux, auprès du tatoueur Fawez, plus connu sous le nom de Wachem.

Ramy, 16 ans, autorisation parentale en poche, est venu se faire un tatouage sur la nuque, un symbole de calligraphie chinoise qui représente l’art. Pas du tout effrayé, il s’installe sur la banquette installée pour l’occasion. L’aiguille du tatoueur, il la connaît puisqu’il y a deux mois tout juste, il s’est fait tatouer sur l’avant-bras un trèfle à quatre feuilles en couleurs. Nadia, 27 ans, en a déjà trois sur le corps, faits à l’étranger. «Jamais je n’aurai pensé me faire tatouer à Tunis» déclare-t-elle en regardant chacun se faire tatouer. Dans la salle du Plug, un groupe de jeunes est venu se faire tatouer par Fawez, plus connu sous le nom de Wachem, qui a appris l’art du tatouage par hasard, en travaillant pour un tatoueur au Maroc. Pour lui, l’âge ne compte pas, seule l’autorisation parentale est importante. Lunettes vissées sur le nez et casquette enfoncée sur la tête, il finit de tatouer sur le poignet d’une jeune fille de 25 ans, Faous, un tatouage représentant le symbole féminin. «J’étais heureuse de sauter le pas ! Pour moi, ce tatouage me permet un peu d’affirmer ma personnalité, cela veut aussi dire que je suis féministe et fière de l’être »dit-elle en souriant.

fawez-wachem-230312La veille, Fawez a gagné près de 1000 dinars en exécutant une vingtaine de tatouages. Qui aurait cru que le tatouage attirerait autant de monde à Tunis? «Ici, on est environ une dizaine, mais notre statut est un peu flou, on n’est même pas reconnu en tant que corps de métier.» confie Fawez qui considère cela comme un hobby, mais le fait aussi pour gagner de l’argent. Concentré, il parle vite sans jamais se détourner de son travail. Cet ingénieur du son est tatoueur amateur depuis 2005. A 27 ans, il passe son temps entre les tournages et les formations pour tatoueurs. Un atelier, il ne pense plus en ouvrir un. Trop de risques? Le métier est en effet dangereux, un de ses collègues, Marouane Sfaxi alias Golden Tatoo, agit en toute clandestinité par peur des attaques salafistes.

Fawez, lui aussi préfère le bouche-à-oreille plutôt que la médiatisation : «Je ne prétends pas être un professionnel, il y a certaines choses que je refuse de faire car malgré ma formation aux beaux-arts, je ne sais pas bien faire les portraits par exemple». Pour lui, chaque tatoueur a son astuce et peut apprendre aux moins initiés. L’œuvre la plus dure qu’il ait eu à dessiner était aussi la plus insolite. «Un journaliste qui était avec les américains durant la guerre d’Afghanistan s’est pris une grenade dans le dos. Il était entièrement brûlé. Il m’a donc demandé de faire un dragon crachant des flammes dans son dos pour dissimuler un peu la brûlure ou peut-être la justifier» conclue-t-il en rigolant. L’œuvre lui avait pris une journée à réaliser. Pour l’évènement à Tunis, il utilise les calques des motifs choisis par ses clients afin d’aller plus vite. Fawez achète tout son matériel hors de Tunis car «Ici, il n’y a rien pour le tatouage, vous ne trouverez ni aiguilles, ni der moteur, ni encre». Son matériel peut lui coûter jusqu’à 8000 dinars, mais à part les aiguilles à usage unique, le reste est réutilisable. Pour les mesures d’hygiène, si la Tunisie ne dispose pas d’une règlementation sanitaire spécifique aux tatouages et au piercing, Fawez désinfecte à plusieurs reprises le tatouage et change à chaque fois les aiguilles. Malgré tout, les risques sont toujours présents si le matériel n’est pas stérilisé.

tatouage-230312-01Le tatouage ne se passe pas toujours sans mal. La deuxième à passer sur la banquette a voulu se faire écrire Carpe diem dans le bas du ventre, l’aiguille est très fine et la peau sensible. Malgré le gel anesthésiant passé entre chaque coup d’aiguille, celle-ci n’est pas rassurée. Entre la douleur et les rires, le résultat final en vaut finalement la peine pour la jeune fille qui s’en va le sourire aux lèvres. A côté d’elle, Nouha, 16 ans, a aussi sauté sur l’occasion du tatouage à 30 dinars. Contrairement à Ramy, ce sont ses parents qui payent. «Ma mère était d’accord mais je ne leur ai pas vraiment dit que c’était permanent» avoue-t-elle un peu gênée. Elle compte se faire tatouer le boa avalant un éléphant, épisode connu du roman Le Petit prince. Si les gens affluent, en majorité des jeunes, Fawez témoigne bien de l’état des lieux du tatouage en Tunisie : «C’est un peu clandestin en effet car il n’y a pas vraiment de culture de ce type de tatouage, contrairement au henné plus traditionnel. »

Ici chacun fait confiance à Fawez grâce à sa réputation mais sa notoriété semble se réduire à un petit groupe de connaisseurs. Cela sera-t-il suffisant pour lancer une mode ? Si l’aiguille vous tente, l’évènement dure jusqu’au 27 mars de 15h à 4h du matin au Plug.

 

Lilia Blaise

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