Tunisie – Sondages : «Rien n’a changé»

 

Deux sondages, deux conclusions : les Tunisiens n’ont que faire de la question salafiste ou même des débats tournant autour de l’identité nationale. Le chômage et la sécurité sont toujours au centre des attentes.

iwatch-organisation-300512Où en sont les Tunisiens? Quelles sont leurs attentes, leurs préoccupations, leurs demandes ? Dans la flopée de sit-in et de grèves, il semble difficile de rassembler les demandes individuelles en une revendication générale. Et pourtant certains sondages montrent que la donne n’a pas vraiment changé depuis la révolution.

Le sondage de l’organisation non-gouvernementale «I-Watch» a été effectué sur près de 15 000 Tunisiens via SMS sur la période s’étendant de décembre 2011 à avril 2012. Dix questions ont été réparties sur les 24 gouvernorats pendant quatre mois. Les sondés devaient répondre à des questions simples posées à la fois en arabe et en français sur la constitution, leurs préoccupations et leur confiance dans les chefs de la Troïka.

Premier sondage politique depuis les élections, il permet aussi de voir quelles sont les préoccupations actuelles des Tunisiens. «Nous avons fait en partie ce sondage car nous ne faisons toujours pas confiance aux instituts. Celui-ci est public et accessible à tous, pour nous, ça nous aide dans notre travail d’observation et de veille politique.» déclare Emna Mouellhi membre de l’ONG I-Watch.

Au regard des résultats, il semble que la sécurité et l’économie restent avant tout les préoccupations principales des Tunisiens de décembre à avril, tandis que la constitution arrive en dernière place après l’identité nationale. Pour leur attachement aux partis, celui d’Ennahdha reste largement en tête, tandis qu’Al Aridha Chaâbia, forte de son succès aux élections, retourne en quatrième position. 44% de Tunisiens ont confiance en Hamadi Jebali contre 20 % qui ne le lui accordent pas. Même stabilité pour le président de l’Assemblée nationale Constituante Mustapha Ben Jafaâr. Par contre, Moncef Marzouki remporte tous les suffrages de la confiance avec 60% de Tunisiens en sa faveur. Quant à la constitution, c’est sur la question du référendum que les sondés bloquent le plus avec 42 % en faveur du référendum contre 42 % qui restent indécis.

Si les Tunisiens semblent relativement désintéressés de la politique à la suite de ce sondage, 80% d’entre eux sont fiers de s’exprimer librement comme le montre un autre sondage élaboré par le World Justice Project, une ONG qui a présenté son rapport cette semaine. Selon son sondage, 68% de tunisiens pensent que le taux de criminalité et de chômage ont augmenté après la révolution, ce qui renvoie à l’analyse de I-Watch sur les préoccupations. La moitié des Tunisiens pense que la Police est le corps le plus corrompu de l’état et près de 28% de Tunisiens pensent que la situation des droits de l’homme a empiré tandis que 32% ne voit pas d’évolution depuis Ben Ali.

«Rien n’a changé», l’expression semble malheureusement encore d’actualité au vu de ces sondages. Si les Tunisiens sont plus politisés et plus libres, ils ne sont pas satisfaits sur le plan social, une des principales revendications de la révolution. Peut-être serviront-ils de baromètre pour les politiques et leurs programmes.

 

Lilia Blaise

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