Tunisie : La mésaventure de la députée Karima Souid sur Facebook

 

Karima Souid est une élue qui utilise beaucoup les réseaux sociaux. Pro OpenGov, elle tweete souvent depuis l’hémicycle et donne son avis sur Facebook. Parfois même sans réfléchir… ou avant de recevoir des ordres. Elle fait donc des bourdes, qu’elle croit bon de supprimer après coup. Mais elle oublie qu’Internet n’oublie jamais…

karima-souid-290612Rappel des faits. Dimanche 24 juin, le gouvernement tunisien extrade l’ancien premier-ministre de Kadhafi, Baghdadi Mahmoudi en Libye sans informer le Président de la République Moncef Marzouki, opposé à une extradition avant les élections libyennes prévues pour le 7 juillet. Crise politique au sommet de l’Etat. Indignation nationale. Tollé international. Condamnation de la presse étrangère. Craintes des organisations de droits de l’homme qui parlent d’une violation des droits humains de part des autorités tunisiennes. En résumé, la Tunisie se retrouve dans une très mauvaise posture.

Lundi 25 juin, les élus de l’assemblée nationale constituante demandent à leur Président Mustapha Ben Jaafer de consacrer la séance plénière à l’examen de l’affaire Mahmoudi. Refus de Ben Jaaffar. Plus de 70 élus quittent la séance et se réunissent dans une salle parallèle pour décider de la marche à suivre concernant cette affaire. Karima Souid en fait partie. Elle poste sur son profil Facebook : «Une motion contre le Chef du gouvernement est en cours de préparation à l’assemblée constituante 🙂 Espérons que nous atteindrons le nombre de signatures suffisantes pour passage au vote en plénière mais surtout le nombre de vote suffisant et là j’ai encore espoir ». Des «J’aime» et des partages par dizaines sur le réseau social. On félicite la députée de ne pas ne pas suivre son parti Ettakatol dans son soutien à la décision unilatérale du gouvernent dominé par son allié Ennahdha.

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Mardi 26 juin, et sans doute rappelée à l’ordre par son parti, Karima Souid se rétracte, supprime son ancien post et publie un autre où elle exprime sa décision de ne pas voter pour une motion de censure contre le gouvernement, se justifiant par la légitimité des urnes : «Autant je m’indigne contre toutes les formes d’excès (nominations, précipitations, manque de rigueur), autant (et c’est ma culture) je voue un respect infini aux urnes. Je ne voterai donc pas une motion de censure contre le gouvernement».

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Pareil sur Twitter, Karima Souid efface ses traces sur le réseau de micro-blogging et supprime tous ses tweets du lundi 25 juin, où elle soutenait la motion de censure. Ce n’est pas bien grave, la veille se fait surtout sur Facebook. Capture d’écran à l’appui, les internautes n’ont pas attendu longtemps pour partager sur le réseau social «le retournement de veste le plus rapide de l’histoire» selon le commentaire de certains, la traitant de schizophrène, naïve, décevante, obéissante à son patron Mustapha ben Jaffaer, etc. Des accusations auxquelles l’élue a cru bon devoir répondre mercredi 28 juin, toujours sur sa page Facebook : «Certains me parlent d’hypocrisie, ceux qui me connaissent savent que je ne fonctionne qu’avec sincérité.» avance-t-elle avant d’expliquer sa position, «D’abord, j’étais POUR une motion de censure du CHEF DU GOUVERNEMENT afin de lui signifier que même si le droit et l’OPPP lui donnent raison, il n’est pas question d’oublier les bonnes règles de la co-gouvernance et que le respect de l’institution Présidence de la République n’est pas une option. Il se trouve que cette motion de censure (en cours de préparation qui ne verra certainement pas le jour car d’autres collègues comme moi ont saisi la supercherie) s’adresse à l’ensemble du gouvernement et là je ne suis pas d’accord».

Ainsi, après avoir changé d’avis, voilà que Karima Souid, est dans une tentative de rachat, accuse l’action des députés de «supercherie». Plus loin, elle estime que cette motion de censure est «est mal construite et mal préparée, ça ne se prépare pas en un après midi, ça demande de se mettre autour d’une table, de travailler ensemble, d’imaginer un nouveau projet digne pour le pays en particulier dans cette phase très critique.» Pourtant, c’est bien elle qui se réjouissait deux jours auparavant du nombre de signatures collectés «il manque 7 signature, c’est en cours… :)» avait-t-elle commenté, n’hésitant pas à utiliser un smiley pour décrire sa joie !

Discréditée, tournée en dérision, Karima Souid a goûté au revers de la médaille des réseaux sociaux. Car Si l’engouement que suscitent les réseaux sociaux au sein de la société n’est plus à démontrer, l’usage de cet outil de communication doit être réfléchi, histoire de ne pas perdre sa crédibilité.

 

S.B.H

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