Tunisie : La face cachée de la campagne Ekbes

 

Lancée le 15 août dernier, #Ekbes manifeste une insatisfaction des partisans de la Troika au pouvoir du rendement du gouvernement. Que cache-t-elle linguistiquement ? Et quel est son background et ses intentions politiques ? Décryptage.

ekbes-300812Autant en arabe littéraire qu’en dialectal, le champ sémantique du terme « Ekbes » connote un manque à combler ( حفرة كبس), la pression (qu’on met par exemple sur un enfant pour le discipliner), la compression (d’une bouteille dont on enfonce le bouchon), mais aussi la peur qu’inspire un cauchemar, quelqu’un qui vous surprend ou qui vous cerne (كبس عليه , كابوس,كبسو ), également le fait de recouvrir sa tête pour se cacher (l’accusé dans un tribunal par exemple) pour se protéger du froid ou pour soigner une migraine (راسو . كبوس كبس ).

Le mot Ekbes évoque en somme une force qui s’exerce dans le but de contraindre, de comprimer, de réprimer ou de cacher, et la campagne web #اكبس #Ekbes ne change rien à l’impact idéologique négatif du terme. #Ekbes est censée donc serrer la vis au gouvernement. Mais vu de plus près, le message d’Ekbes réfère à un discours clos et totalitaire peu propice à la diffusion des idées de la transition démocratique.

Déjà, il s’avère qu’elle est portée par une tendance unique proche d’Ennahdha, comme le démontre l’enrôlement de propagandistes tel que Houcem Eddine Trabelsi, admin d’une page Facebook (أنا خوانجي ، إيه نعم أنا خوانجي) et responsable de l’information électronique au ministère des Droits de l’Homme. Ainsi donc, le choix du hashtag #Ekbes ne fait que confirmer l’homogénéité idéologique du mouvement.

Est-il étonnant d’ailleurs que cette initiative soit reçue positivement par Samir Dilou, ministre des droits de l’homme, (sur Al-Jazeera le 18 août dernier), y compris la marche du Kram vers le palais présidentiel, organisée par les “conseils locaux de protection de la révolution” (le jeudi 16 août) et dont les slogans étaient résolument hostiles à «Nida Tounes».

Tout récemment, sur Shems Fm, Mossaab Ben Ammar, porte-parole de la campagne Ekbes, déclarait, quant à lui, que «le gouvernement a fauté en nommant des RCDistes à la tête des grandes institutions de l’Etat» et qu’il fallait assainir les secteurs de l’Etat et juger les corrompus. Allant même jusqu’à demander, s’il le faudra, la démission de certains ministres. Il ne manque pas, cependant, de préciser qu’«Ekbes et l’opposition n’ont pas les mêmes revendications». Une rengaine qui fait encore écho aux arguments et aux représailles du parti au pouvoir, comme celles de Lotfi Zitoun à propos de la liste noire des journalistes.

 

Nadia H

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