Tunisie – Film « Le Professeur » : Quand le cœur a ses raisons que le Parti ne tolère point !

 

AfficheleProfesseur-170912Un tournage plusieurs fois retardé, une production censurée sous Ben Ali, « Le Professeur » de Mahmoud Ben Mahmoud a fini par voir le jour. Projeté en avant-première à la ville de Redeyef, là où se déroulent ses principaux événements, le film est sorti officiellement le 12 septembre dans les salles de cinéma. Critique.

Des centaines de personnes étaient attablées, mercredi dernier, dans les cafés qui entourent le centre culturel CinéMadart à Carthage Dermèche, mais à peine une quarantaine d’individus attendaient dans le hall de la salle, la projection publique de la nouvelle sortie cinématographique tunisienne «Le Professeur», quatrième film, très attendu de Mahmoud Ben Mahmoud.

Dès les premières minutes du film, on plonge dans le décor et l’ambiance morose des années 70. On se retrouve en 1977, pour suivre Khalil (Ahmed Hafiène), un professeur de droit à l’université de Tunis, membre du parti au pouvoir, les destouriens. La cinquantaine, casé avec femme et enfants, il vit en même temps une idylle avec l’une de ses étudiantes, Houda (Lobna Malika), une demoiselle sans engagement politique réel mais qui va se trouver sans vraiment le vouloir dans une affaire de sécurité d’Etat.

L’année 1977, marque en Tunisie la création de la Ligue Tunisienne de Défense des Droits de l’Homme (LTDH), parallèlement à la crise syndicale et politique qui a éclaté entre l’UGTTet le gouvernement. C’est aussi la période qui coïncide avec l’éclatement des tensions autour du bassin minier de Gafsa. Le parti au pouvoir, engage Khalil pour adhérer au comité de la LTDH afin de suivre leurs agissements et faire pression quand il le faut.

Entre-temps, Houda accompagne deux journalistes italiens, en qualité d’interprète, dans le sud. Pensant les aider dans l’élaboration d’un reportage autour des berbères, elle se retrouve à couvrir les grèves et les sit-in qui se déroulent au bassin minier par des ouvriers rongés par la misère et l’indifférence de l’état. Elle sera arrêtée avec ses accompagnateurs quelques jours plus tard…

Khalil n’aurait jamais cru qu’il va se retrouver déchirée entre défendre les valeurs de son parti, sa carrière politique et son amante au dépend de sa vie familiale et même de sa position à l’université.

Mahmoud ben Mahmoud nous embarque dans une retranscription de faits politiques et historiques qui avaient toutes leurs chances de se produire au cours de cette période agitée et mouvementée de la Tunisie, sous fond d’une romance classique qui prend des proportions déraisonnables.

On se lie de sympathie avec l’héroïne Houda, qui se retrouve derrière les barreaux car elle veut défendre ses principes, le droit de divulguer l’information et de faire parvenir la voix des opprimés… On suit les périples de Khalil, qui suscite des sentiments mitigés entre méprise et pitié, sans oublier l’excellente performance de Lotfi Dziri en homme de fer du parti et défenseur de sa doctrine et Sondoss Belhassen en épouse meurtrie mais d’une forte personnalité, qui finira par se ronger du coté de son mari.

Le Professeur est un film à savourer et qui constitue un réel moment d’immersion tant l’ambiance nous mène ailleurs. Il n’est pas sans faire des clins d’œil subtils à quelques faits actuels postrévolutionnaires et nous met sans le vouloir face à la réalité des choses au jour d’aujourd’hui, nous obligeant inconsciemment à faire des comparaisons. A voir vivement.

 

Sara Tanit

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