Tunisie – Affaire de viol: Quand les médias se contredisent, quelle crédibilité pour l’info ?

 

Mardi 2 octobre, la jeune fille, victime d’un viol commis par deux policiers, a comparu pour la seconde fois, devant le juge d’instruction au Tribunal de première instance à Tunis, pour répondre à l’accusation d’outrage public à la pudeur. Quelques heures plus tard, chaque média y va de sa version.

Mardi matin, la comparution de la jeune fille violée et son fiancé devant le juge d’instruction était très suivie sur les réseaux sociaux : un live Streaming de la manifestation de soutien qui se tenait devant le Tribunal de Tunis a été mis en place, et live tweet sur le fil #TnViol a été assuré par des personnes présentes sur place. Quelques heures plus tard, l’audition est terminée et les médias commencent à informer. Problème, les informations sont contradictoires ; entre ceux qui confirment l’accusation et ceux qui la remettent en doute.

Sur la radio mosaïque FM, on retrouve «L’accusation d’obscénité ostentatoire préméditée n’est pas officielle ». La radio affirme que ce qui circule sur les autres sites sont des « rumeurs ». Petit détour par une autre radio privée, Shems FM, pour retrouver les déclarations d’une des avocates de la victime, Maître Dalila Msadek confirmant que sa cliente a été « officiellement accusée d’obscénité ostentatoire préméditée».

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Devrait-on croire mosaïque FM ou Shems FM ? En tout cas, ce n’est pas la radio Kalima qui aidera à trancher, puisque cette dernière rapporte les déclarations d’une autre avocate de la victime, Maître Leila Haddad, qui souligne que la victime a été entendue par le juge d’instruction «d’une manière légale dans l’affaire du viol». Radio Kalima rapporte donc les dires de l’avocate concernant l’«affaire du viol», alors que l’audition de ce mardi 2 octobre portait sur une accusation d’atteinte à la pudeur, où la jeune fille et son fiancé sont entendus comme «accusés».

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Nous laissons de côté les radios et nous allons chercher la «bonne» information chez les agences de presse. Paradoxalement, rien du côté de la TAP. Pas un mot (jusqu’à l’écriture de cet article) de la part l’agence tunisienne de presse, sur une affaire qui a fait le tour du monde.

Voyons du côté des agences de presse étrangères. L’agence mondiale Associated Press conclut sa dépêche par une information pas très concise : «Lors de l’audience de mardi, le juge d’instruction devait soit retenir l’accusation adressée à la jeune femme soit la classer, selon des avocats.». L’AFP (Agence France Presse) apporte plus de précision, et évoque «un abandon des poursuites possible et un classement de l’affaire». La dépêche a tout de suite été relayée par plusieurs médias français.

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Mais si l’AFP parle d’un abandon des poursuites possible, le journal électronique tunisien Kapitalis en conclut autrement et publie un article titré : «Le juge décide de poursuivre la fille violée par des policiers». La journaliste y affirme que «le procureur de la république a ordonné mardi la poursuite de la fille violée par des policiers ainsi que son fiancé pour atteinte à la pudeur». Heureusement que Tanit Press était là pour publier une «exclusivité». En effet, le journal arabophone affirme « L’affaire sera classée dans deux jours ».

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Autant d’informations contradictoires dans une affaire aussi médiatisée, ne fera certainement pas du bien aux médias, qui souffrent déjà d’un manque de crédibilité. Au final, le lecteur choisira de croire ce qui l’arrangera.

 

Z.M.

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