Festival de la mémoire : La Tunisie à la recherche de sa vérité

 

Le Festival de la mémoire s’est tenu les 06,07 et 08 décembre à l’ancien local de l’RCD, à El Kasbah. Organisé par l’association le Labo’ Démocratique en coopération avec l’institut allemand le Mémorial Berlin—Hohenschönhausen, le festival a choisi comme de traiter, pour cette première édition, la question de la dictature récente, via le thème: “Contre l’oubli. La Tunisie a besoin de quelle mémoire? “.

Ce festival a été marqué par plusieurs prestations artistiques (des projections de documentaires, lecture de poésie par le collectif «Klem Cherâa», pièces de théâtre) et des débats autour de la mémoire collective d’un pays, la transition démocratique, la réconciliation et les droits de l’homme. Pour les organisateurs, l’objectif est de «discuter des idées, des perspectives et des défis concernant le dépassement des dictatures, à travers l’intervention des membres du gouvernement, d’historiens, d’universitaires, de membres d’ONG et de politiciens issus de différents partis».

«Punir les coupables, l’étendue et la méthode», est l’un des thèmes abordés durant les 3 jours du festival. Pour ce faire, l’exemple allemand a été traité par l’ancien Procureur de la République Allemande, Christoph Schaefgen, qui a affirmé que «dans la plupart des cas, les victimes refusent les indemnisations matérielles et proclament la reconnaissance. Le besoin des personnes est de savoir la vérité et comprendre ce qui s’est passé», et d’ajouter : « L’Allemagne a conclu que la poursuite des crimes est une obligation envers des victimes. La répression de la police comme les écoutes illégales ou les surveillances doivent aussi être punies».Concernant la Tunisie, il mentionne que le pays « est au début d’un chemin difficile dont les buts sont loin d’être atteints. ». Il estime que «les élections tunisiennes du 23 octobre 2011 représentent une première étape vers la démocratie», mais qu’il faut maintenant «rompre avec le passé en ce qui concerne le traitement des victimes et des coupables.»

radhia-nasraoui-fest-oubliMme Radhia Nasraoui, avocate et fondatrice de l’Association Tunisienne de lutte contre la torture, a confirmé les dires de M.Christoph Schaefgen concernant les victimes, en citant l’exemple des familles des martyrs de Tala et de Kasserine qui revendiquent des procès équitables et ne proclament pas les indemnisations matérielles, et de souligner que la punition et la réconciliation s’établissent en commençant par l’identification de qui doit être puni et le rôle de la punition. «Nous ne pouvons pas punir tout le monde vue que l’important est de punir ceux qui ont commis les plus graves crimes pour mettre fin à ce genre de crimes et faire comprendre que personne ne peut échapper à la punition » et ajoute « En Tunisie et après la révolution, beaucoup de questions se posent autour de la punition de telles personnes et non pas d’autres alors qu’il s’agit d’un même crime commis ».

Radhia Nasraoui profite pour rappeler la situation actuelle de la justice «Les Tunisiens attendent toujours la poursuite des anciens ministres de l’Intérieur et déplorent le déroulement non sérieux des enquêtes. Jusqu’à nos jours il ya des questions à propos des procès équitables et une justice indépendante. Les Tunisiens s’inquiètent car la justice n’a pas été réformée et il y a des abus qui persistent. Nous constatons que les procédures ne sont respectées que pour des certains. La punition ne pourrait être équitable alors que le système judicaire n’a pas changé».

De son côté, M. Fadhel Sayhi, Conseiller auprès du ministre de la Justice, déclare que «La punition et la réconciliation sont nécessaires pour mettre fin à la tyrannie dans la nécessité d’adopter une stratégie combinant les efforts des constituants de la société. L’accord à propos le projet de la loi de la justice transitionnelle sera transmis à l’assemblée constituante. La punition s’effectue qu’après le rassemblement des données historiques et à travers des services judicaires.»

Le festival s’est clôturé le 8 décembre 2012 avec la projection du documentaire «Le citoyen Havel» de Pavel Koutecky et Miroslav Janek.

Présidente-fondatrice du Labo Démocratique, Farah Hached a dédié ce festival à son grand-père, Farhat Hached, assassiné le 5 décembre 1952.

Chaima Bsibes

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