Tunisie : Alain Gresh «La révolution a ouvert le champ des possibles»

 

«Les gauches arabes face au piège de la bipolarisation politique» c’est le thème abordé par le journaliste et directeur adjoint du mensuel Le Monde Diplomatique, Alain Gresh, samedi 8 décembre, à Tunis. Une rencontre organisée par les cercles débats d’Al Qotb.

alin-gresh-111212Face à aux inquiétudes des militants de gauche, de la tournure des évènements faisant craindre une nouvelle dictature en Tunisie, Alain Gresh, invité pour un débat sur l’avenir de la gauche, a apporté un regard plutôt optimiste sur la situation, en estimant qu’une nouvelle dictature était «peu probable». «Vous pensez que ceux qui ont voté pour les islamistes veulent une nouvelle dictature ? Je ne le pense pas» soutient-t-il. Le journaliste, qui suit de très près l’actualité égyptienne ne nie pas qu’il y a des choses qui font peur mais les relativise : «Il faut essayer de comprendre Ennahdha et les Frères musulmans dans leur Histoire, ils ont beaucoup évolué». Comment les comprendre alors qu’on leur reproche souvent d’utiliser un double discours ? Gresh reste lucide, «Connaissez vous un seul homme politique qui n’utilise pas le double discours ?», demande-t-il.

Dans cette phase difficile, où la multitude de problèmes et conflits idéologiques fait dire à certains que «le pays n’est peut-être pas prêt pour démocratie», Alain Gresh préfère garder une vision plus nuancée «Si on attend que la masse soit éclairée pour avoir une démocratie, on l’aura jamais. La démocratie est une construction. La démocratie c’est des luttes, des luttes parfois violentes».

Concernant la constitution tunisienne, où les discussions sur fond idéologique divisent élus islamistes et laïcs, il souligne que «la Constitution permet de fixer les règles du jeu», mais que «les batailles politiques» se jouent ailleurs. Né en Egypte, d’une mère juive et d’un père communiste, et grandi avec un père adoptif copte, Alain Gresh estime qu’il est difficile de définir une identité commune dans un pays comme la Tunisie où il y a un mélange d’arabes, de berbères, et une histoire récente de colonisation : «Je ne dis pas que l’identité n’est pas importante, mais on la tranchera pas dans la constitution, car la société elle-même est divisée autour de cette question», et d’ajouter : «La gauche doit comprendre que cette question n’est pas une diversion de la question sociale ».

Voulant éviter l’opposition «Laïcs Vs Ennahdha» à tout prix, Alain Gresh, loin d’être religieux, avoue qu’il préfère «des curés qui portent les valises du FLN que des laïcs athées pour l’Algérie française». Et tout en soulignant l’importance de la défense des libertés individuelles, il s’interroge «Est-ce que nous faisons de ce combats (les libertés, ndlr), le seul qui nous fait descendre dans la rue ?».

Malgré les difficultés de transition que traversent la Tunisie et l’Egypte, Alain Gresh reste optimiste pour les pays du «printemps arabe» : «Nous avions un monde sans perspectives. Ces révolutions ont ouvert le champ des possibles», et d’en conclure «Ce sont les peuples qui font l’Histoire».

 

Sarah Ben Hamadi

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