Nejib Ben Khalfallah n’est plus… un grand artiste passionné et discret nous quitte..(Hommage)

Nejib Ben Khalfallah, c’est une silhouette qui ne passe pas inaperçue, c’est un sourire à tout épreuve, c’est une fierté inébranlable, un artiste et un professeur tellement imposant mais humble en même temps.

La scène artistique tunisienne se sépare d’un autre grand, parti discrètement comme il a toujours vécu à seulement 53 ans luttant contre son cancer et contre tout un système qui n’honore pas ses danseurs et chorégraphes à leurs juste valeur…

Parmi ses oeuvres notables , on peut citer Métamorphose, Nwèh w Zgharid, Pas encore, Mnema, Mhayer Sika, Falsou, Délire, Fausse couche… et plein d’autres dont le fil conducteur est une sensibilité extrême et une technicité qu’il a transmis généreusement à plusieurs générations de danseurs tunisiens…

Nous partageons avec vous dans ce qui suit un hommage rendu par un de ses acolytes et amis à El Teatro Issam Ayari. Un hommage poignant pour un artiste qui fait partie de l’élite des chorégraphes Tunisiens.

Parlant d’une oeuvre marquante du chorégraphe Nejib Ben Khallfallah, le comédien Issam Ayari rapporte qu’au sommet de son art, Néjib crée “Mhayer-Sika” avec un groupe de danseurs d’Elteatro autour du thème de la purification.

Il met en scène la vie d’un Tayyeb (masseur au hammam traditionnel) et invite sur scène, fait rare dans la chorégraphie professionnelle, un vrai Tayyeb d’Hammam pour refaire exactement les gestes qu’on a coutume de voir dans ce « temple des eaux chaudes ».

Mhaiar-Sika est invitée au festival de danse de Marseille qui réunit les monstres de la danse en Europe (2007-2008). Il y avait des italiens, des français, des belges et bien sûr les monstres allemands sous l’influence de Pina Bausch, écrit Issam Ayari.

Crédit photo: officina.fr

Son tour arrive et Néjib Khalfallah se lance dans un solo à couper le souffle. Devant ses propres compagnons Walid Ayadi, Zied Ayadi, Osman Kilani complètement hébétés il brise toutes les chaines et commence à voler, à planer au-dessus de la scène. Un tonnerre d’applaudissements en fin de spectacle, “Mhayer Sika” remporte le prix RFI de la danse et permet aux danseurs Tunisiens de franchir un nouveau cap.

Dans son dernier spectacle “Fausse couche” ou “الهاكم  التكاثر ” datant de 2017 et portant un titre pour lequel l’artiste a été lynché par les extrémistes et les religieux qui n’ont pas apprécié l’usage du texte coranique, c’est un message de sensibilisation et d’ouverture de conscience qu’il a pourtant essayé de passer…

Se reproduire vous a distrait, la rivalité vous a distrait, le lynchage vous a distrait, vous a  empêché de faire avancer le pays et le faire évoluer… Des mots qui ont souligné un travail à travers lequel l’artiste a désiré reflèter l’image de notre société dans cette période de transition. Là où la logique de l’éruption sur le butin prévalait et où la logique de la citoyenneté et du progrès était absente, ce qui, malheureusement 3 ans plus tard, est toujours d’actualité…

Issam Ayari décrit l’artiste comme ayant la carrure de Royston Malddom et la grâce de Rudolf Noureev, tous ceux qui ont connu Néjib savent aussi qu’il était l’ami de tout le monde, le compagnon généreux et le maître qui trouve toujours les mots qu’il faut pour donner des ailes à ses élèves…

Nejib s’apprête à danser sa toute dernière danse, l’artiste tire sa révérence et s’envole, se libère et embrasse le ciel, laissant des empreintes indélébiles et gracieux sur terre. RIP.

Sara Tanit

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