Il Corriere di Tunisi fête ses 70 ans : célébrations au cœur de la médina de Tunis
Tunis accueille les festivités marquant le 70e anniversaire du seul journal en langue italienne d’Afrique du Nord et du monde arabe Il Il Corriere di Tunisi. Cet événement culturel exceptionnel qui se déroule du 21 au 23 mai 2026 est placé sous le haut patronage de l’Ambassade d’Italie en Tunisie.

Il y a des journaux qui survivent par habitude, et d’autres qui survivent par conviction. Le Corriere di Tunisi appartient résolument à la seconde catégorie. Fondé en 1956 par Giuseppe Finzi au lendemain de l’indépendance tunisienne, Il Corriere di Tunisi est un bimensuel en langue italienne.
Il a traversé sept décennies d’histoire méditerranéenne sans jamais cesser de paraître. Une longévité remarquable pour un titre dont le lectorat ne dépasse pas quelques milliers de personnes.
L’Institut culturel italien de Tunis a annoncé l’ouverture officielle d’une semaine de festivités, du 21 au 23 mai 2026, au Presbytère de Sainte-Croix, dans la médina de Tunis. Trois jours denses, entre mémoire collective, débats académiques, musique live et littérature.
Une histoire familiale vieille de deux siècles
Pour comprendre Il Corriere di Tunisi, il faut remonter bien avant 1956. Tout commence en 1829, lorsque Giulio Finzi, carbonaro livournais réfugié politique, fonde une imprimerie à Tunis, rue de la Commission, aujourd’hui rue Garibaldi. De cette typographie naîtra, en 1869, un premier Corriere di Tunisi, supprimé en 1881 avec l’instauration du protectorat français.
C’est en réactivant symboliquement ce nom que Giuseppe Finzi relance le journal en 1956, au moment même où la Tunisie retrouvait sa souveraineté. Le titre passera ensuite à son fils Elia, l’un des fondateurs de la Fédération unitaire de la presse italienne à l’étranger (Fusie) puis, après son décès en 2012, à sa fille Silvia Finzi, italianiste et professeure à l’Université de La Manouba, qui en est aujourd’hui la directrice.
Seul rescapé d’une presse italophone qui a compté plus de 120 publications en Tunisie au fil des siècles, le Corriere reste une anomalie précieuse : le dernier journal en italien encore actif dans tout le monde arabe.
Un programme de célébration en trois actes
Jeudi 21 mai : Mémoire et Patrimoine
La journée inaugurale s’ouvrira en présence des autorités, avant le vernissage d’une double exposition documentaire : l’une retraçant les étapes clés du journal depuis 1956, l’autre consacrée aux relations italo-tunisiennes, élaborée en collaboration avec les Archives nationales tunisiennes.
Une table ronde réunira des journalistes italophones, dont des représentants de Repubblica, du Corriere della Sera et de l’agence Italpress, pour débattre de l’avenir de la presse en langue italienne en Méditerranée.
La soirée se conclura par la projection du documentaire Il Corriere di Tunisi, réalisé par Aïda Chamekh, nourri de témoignages inédits.
Vendredi 22 mai : Culture et Musique
La deuxième journée sera consacrée à l’influence de la langue italienne dans le théâtre, la musique et l’enseignement universitaire tunisien. En soirée, le Gran Duo Italiano, Mauro Tortorelli au violon et Angela Meluso au piano, rendra hommage au compositeur Francesco Santoliquido, figure qui posa les bases du Conservatoire de musique de Tunis dans les années 1920-1930. Concert en accès libre.
Samedi 23 mai : Regards vers l’avenir
La dernière journée sera tournée vers les nouvelles générations. Au programme : la remise des prix du concours littéraire « Un récit pour le Corriere di Tunisi », dont plus de la moitié des nouvelles reçues ont été rédigées par des Tunisiens italophones, ainsi que la présentation du roman « Le ragazze di Tunisi » de Luca Bianchini (Éditions Mondadori, février 2026), dont la mère est originaire de Tunisie et qui s’appuie sur de longues recherches dans les archives locales.
Une édition spéciale du Corriere sera distribuée aux participants dès le premier jour.
Programme détaillé des célébrations des 70 ans de Il Corriere di Tunisi:
Au-delà du symbole, la survie du Corriere di Tunisi dit quelque chose d’essentiel sur l’identité méditerranéenne. Dans un monde où les médias de niche disparaissent les uns après les autres, ce journal continue de paraître avec une poignée d’abonnés, sans publicité ni subvention gouvernementale italienne, porté par une famille qui y a consacré sa vie depuis près de deux cents ans.
« Je le fais pour que notre histoire ne disparaisse pas complètement », confie Silvia Finzi. Une phrase simple, qui résume à elle seule soixante-dix ans de résistance culturelle.
Les festivités se déroulent du 21 au 23 mai 2026 au Presbytère de Sainte-Croix, médina de Tunis. Entrée libre pour le concert du 22 mai.
Tekiano
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