Slowtech : pourquoi la génération Z revient aux technologies simples
Le Slowtech est un mouvement qui consiste à reprendre le contrôle de sa vie numérique en ralentissant délibérément sa consommation technologique. Contrairement au discours ambiant qui célèbre l’innovation à tout prix, le Slowtech considère que la meilleure technologie est celle qui nous laisse tranquilles, sans solitation continue.

La génération Z, ces jeunes nés avec un smartphone dans la main se mettent à chercher à acheter les vieux gadgets ou à ressortir les iPod Shuffle de leurs parents, les appareils photo numériques à piles ou encore les téléphones à clapet. Non pas par nostalgie kitsch, mais par conviction.
Joy Howard, directrice marketing de Back Market, une plateforme spécialisée dans la vente de matériel reconditionné, résume le phénomène ainsi : les gens sont saturés et surstimulés, et ils cherchent une approche plus consciente de leurs usages technologiques, déclare -t-elle dans une interview accordée au magazine TechCrunch.
Elle décrit cette lassitude face à l’injonction d’optimiser chaque aspect de sa vie. Le terme “fast tech”, soit la technologie conçue pour éliminer tout friction et capter l’attention en permanence, s’oppose désormais à cette nouvelle sensibilité.
Pourquoi la génération Z est en première ligne de cette révolution
C’est la génération qui a tout connu en premier; les algorithmes de recommandation, les notifications permanentes, le scroll infini. Et c’est elle, paradoxalement, qui décroche en masse.
Pour des jeunes qui n’ont jamais connu un monde sans réseaux sociaux ni smartphones, des objets comme les écouteurs filaires, les consoles rétro, les CD ou les appareils photo à mémoire limitée exercent une forme d’attrait.
Ces dispositifs ne cherchent pas à accaparer leur attention, un vieil appareil photo ne peut pas publier directement sur Instagram, un jeu rétro ne diffuse pas de publicités intrusives, et un iPod ne sélectionne pas algorithmiquement ce qu’on écoutera.
Austin Murray, fondateur de l’une des premières sociétés de jeux sur mobile dans les années 2000, développe aujourd’hui une application de réduction du temps d’écran. Il explique que c’est en observant l’impact de la technologie sur ses propres enfants et sur son entourage qu’il a changé de spécialité.
Pour lui, si tout le monde passe en moyenne cinq heures par jour sur son téléphone, le problème n’est pas une question de volonté individuelle : c’est un problème de conception des produits.
Une enquête YouGov révèle que 53 % des adultes américains déclarent vouloir réduire leur temps d’écran, une tendance qui dépasse largement la seule génération Z, mais dans laquelle elle joue un rôle moteur.
Comment adopter le Slowtech et quels effets attendre
Adopter le Slowtech ne signifie pas jeter son téléphone dans la rivière. Kaiwei Tang, cofondateur du Light Phone (un appareil minimaliste à écran tactile réduit au strict nécessaire ) explique que sa clientèle sur les dix dernières années lui rapporte systématiquement un sentiment de liberté retrouvée après être passée à ce type d’appareil. Il note avec surprise que les 20-35 ans constituent aujourd’hui une part importante et croissante de sa communauté d’utilisateurs.
Pour ceux qui ne souhaitent pas changer de téléphone, des approches plus graduelles existent : activer des plages de déconnexion programmées, utiliser des applications de contrôle du temps d’écran, ou revenir à des objets mono-tâches pour certaines activités comme par exemple une montre pour l’heure, un carnet pour les notes, un baladeur pour la musique.
Tony Fadell, connu comme le père de l’iPod, résume l’état d’esprit de ce mouvement : les gens veulent la commodité du numérique, mais pas l’irritation d’être constamment connectés. Sa position est claire, moins d’écrans, pas plus.
Les effets observés par ceux qui ont fait ce choix sont concrets : meilleure concentration, sommeil plus réparateur, présence accrue dans les relations réelles. Howard conclut sur ce que le Slowtech dit en profondeur de notre époque : les gens veulent reprendre le contrôle de leur temps, de leur vie, de leur attention et ils sont prêts à adopter tout ce qui peut les y aider. Moins d’algorithmes, plus de présence. C’est peut-être la vraie innovation de 2026.
Tekiano