Gnawa Diffusion électrise Festival Hammamet 2026 : la transe retrouvée entre reggae et stambeli
Sous une chaleur écrasante, l’amphithéâtre du Festival International de Hammamet 2026 a vécu l’une de ses soirées les plus intenses. Gnawa Diffusion, mené par l’inclassable Amazigh Kateb, a fait vibrer un public de connaisseurs venus nombreux malgré la canicule nocturne.

Trois ans après leur passage au Festival de Carthage, les artistes retrouvaient leur public tunisien avec leurs instruments traditionnels maghrébo-africains et des textes qui n’ont rien perdu de leur force : émancipation, liberté, résistance, paix et amour.
Ambassadeurs de la musique gnawa depuis plus de quarante ans, les musiciens n’ont rien perdu de leur superbe. Amazigh Kateb, toujours aussi charismatique, a ouvert le bal avec ‘Ya Laymi’, titre emblématique du groupe qui évoque la guerre et les injustices sociales.
D’emblée, le ton était donné : des rythmes reggae teintés de chaâbi pour adoucir un propos qui, lui, ne l’est jamais. Le chanteur a multiplié les échanges avec la foule, improvisant des vocalises reprises en chœur, avant de lancer, mi-amusé mi-admiratif, que le public tout entier semblait un peu fou.
Ce n’était que le début d’une soirée où Charly Town, Kifach Ndir ou Visa Vie ont fait lever les spectateurs dans les gradins, portés par un oud d’une énergie inattendue.
Au-delà du reggae, Amazigh Kateb révélé une voix de baryton capable de porter loin, jusqu’aux montagnes de l’Atlas là où souffle le vent du nord et de la liberté. Après un mawal chanté d’une voix rauque et habitée, il a enchaîné avec Hlel Leyla sur un rythme transe de stambeli, porté par le gimbri, les karkabous et des percussions traditionnelles.
Les musiciens se sont livrés à des solos hypnotiques, entraînant le public dans une véritable transe collective. Puis a été interprétée la chanson Malika, métaphore de la femme maghrébine, une chanson à l’humour noir prononcé et aux sens lourds…
Pendant plus de deux heures, le voyage musical n’a connu aucune frontière. Danse, virtuosité et humour se sont mêlés jusqu’à l’apothéose finale, portée par le morceau Douga Douga et une danse collective proche de la transe.
Entre les chansons, Amazigh Kateb a multiplié les anecdotes et les blagues en arabe, en dialecte algérien, en français, en anglais, parfois en tunisien fédérant un public mêlant Tunisiens et Algériens en vacances, tous fans inconditionnels venus chanter à tue-tête.
Cet éclectisme est la signature du groupe : une identité forgée depuis près de quarante ans, où l’exil, l’identité et les revendications sociales se disent avec légèreté. Chez Gnawa Diffusion, la musique reste le vecteur d’un propos engagé, entre gnawa, reggae, stambeli et blues, dans un esprit résolument maghrébin et africain.
Sara Tanit
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