Film Bakma de Abdelhamid Bouchnak en salles en Tunisie : n’est pas cruel celui qu’on croit…
Une nuit de pluie, un sous-sol et une découverte qui fait basculer une enquête : avec Bakma, Abdelhamid Bouchnak installe d’emblée un récit inquiétant. Mais derrière le crime, le cinéaste tunisien entend aussi parler du silence, de la peur et des libertés fragilisées.

Le long métrage Bakma, du genre horreur thriller, de 114 minutes, revendique une dimension autant humaine que sociale. Il réunit les acteurs Mahmoud Essaidi, Aziz Jebali, Mohamed Chawki Khouja, Hedy Krissane,Zahra Mechergui et Mounira Zakraoui
L’histoire de Bakma commence dans une petite ville tunisienne, pendant une nuit d’hiver pluvieuse. Les policiers Ali Mansour et Khaled découvrent, au sous-sol d’un vieil immeuble, le corps atrocement mutilé d’une jeune femme. Ils cherchent à comprendre les circonstances du meurtre lorsqu’une nouvelle découverte bouleverse leurs investigations.
Le synopsis officiel s’arrête volontairement à ce basculement. Il promet une plongée dans un « cauchemar macabre », sans dévoiler la nature de cette révélation. L’enquête constitue donc la porte d’entrée du récit, tandis que la présentation du projet élargit la perspective aux mécanismes de la violence et à leurs conséquences sur la société.
Bakma est un terme tunisien signifiant muet, couramment employé pour désigner les animaux, notamment les chiens. Le réalisateur en fait la métaphore d’une société progressivement privée de sa voix.
Ce choix relie directement le titre aux préoccupations du film. La peur, la violence et la déshumanisation ne sont pas présentées comme de simples ressorts dramatiques puisqu’elles elles nourrissent une réflexion sur les individus et sur le collectif.
Dans une Tunisie suspendue entre rêve et cauchemar, le film explore les mécanismes de la peur, de la violence et de la déshumanisation, ainsi que leurs répercussions
sur les individus et sur la société tout entière, où le silence prend une portée sociale et politique.
Dans sa note d’intention, Abdelhamid Bouchnak situe son propos quinze ans après la Révolution tunisienne. Il évoque des promesses de liberté et de dignité restées inachevées pour une partie de la population, ainsi qu’une frustration sociale grandissante.
Présenté comme un projet indépendant et profondément personnel, Bakma se veut un « cri contre le silence et la déliquescence morale ». Cette intention invite à lire le film au-delà de son point de départ criminel.
Abdelhamid Bouchnak signe la réalisation, le scénario et le montage du film Bakma. Chams Ghorrab assure la direction de la photographie, et Hamza Bouchnak compose la musique. La production associe Hamza Bouchnak pour Shkoon Production et Hosni Ghariani pour 3SG Group.
Bakma prolonge le parcours d’un réalisateur attaché au cinéma de genre. Formé au cinéma à Montréal, Abdelhamid Bouchnak signe Dachra en 2018, sélectionné à la Semaine de la critique de la Mostra de Venise. Il poursuit avec Papillon d’Or, puis The Needle, présenté à Turin en 2024, où il obtient notamment le prix du meilleur scénario.
Avec ce nouveau film Bakma, une enquête macabre rencontre une interrogation plus large : que devient une société lorsque la peur étouffe la parole ? A découvrir dans les salles de cinéma de Tunisie à partir du mercredi 21 octobre 2026. Le film est interdit aux enfants de moins de 16 ans.
S.B.