Hommage à Taoufik Jebali : célébration d’un des pionniers du théâtre tunisien, fondateur d’El Teatro
Un vibrant hommage a été rendu à l’artiste Taoufik Jebali à l’occasion de la quatrième édition du festival national du théâtre tunisien Les saisons de la création organisé par le théâtre national tunisien autour d’un débat passionnant intitulé « Taoufik Jebali : les œuvres et le parcours ».
Cette rencontre a mis en lumière la « conception intellectuelle et philosophique » qui caractérise l’action théâtrale de ce grand nom du 4e art tunisien, Taoufik Jebali, aux côtés de sa compagne de route, la regrettée Zeyneb Farhat.

Animée par le critique Abdelhalim Masoudi, la séance a permis de repasser les grandes étapes d’un parcours artistique d’exception amorcé dès les années 1960. Parmi les faits marquants de sa carrière figure sa participation historique à la rédaction de la « Déclaration des onze », aux côtés de figures illustres telles que Faraj Chouchane et Moncef Souissi, un acte fondateur pour la modernisation de la pratique artistique en Tunisie.
L’impact de Taoufik Jebali dépasse la scène. Avec la création de l’espace El Teatro, qualifié d’avant-gardiste, il a ouvert de nouvelles perspectives pour le théâtre indépendant. Cet espace s’est imposé au fil des ans comme un véritable incubateur, offrant des opportunités inédites de formation, de création et d’expérimentation pour de nombreuses générations de comédiens.
Lors des débats, plusieurs personnalités du milieu, à l’instar du metteur en scène Walid Daghsani et des artistes Chakra Ramah, Walid Ayadi et Qais Zayati, ont témoigné de la portée formatrice de cette démarche. L’influence de l’artiste s’étend même au-delà des frontières, puisque des universitaires algériens soulignent régulièrement l’intégration de son travail dans les programmes d’enseignement théâtral.
Des œuvres marquantes et une réflexion ancrée dans la culture populaire
Le critique AbdelHalim Masoudi est revenu sur les pièces majeures qui ont jalonné l’itinéraire de Jebali. Des créations contestataires et novatrices telles que « Moudhakarat daynasour » (1987), « Hadher beniyaba » (1988), ou encore l’emblématique « Klam ellil » présentée sous différentes formes de la fin des années 1980 au milieu des années 1990, jusqu’à ses pièces plus récentes comme « Khouloi » (2011) et « Tabaa » (2024).
Intervenant au cours de la rencontre, l’artiste a rappelé qu’il n’existait pas de recette figée pour l’écriture théâtrale. Pour lui, la création s’alimente d’influences diverses et puise sa sève dans les formes d’expression populaires traditionnelles, à l’instar du « hakawati » ou du « fadawi ».
Il a également insisté sur la nécessité de réévaluer le lien unissant les professionnels du spectacle au patrimoine créatif local, souvent délaissé au profit de modèles occidentaux.
Profitant de cet hommage, qu’il a longtemps refusé par le passé, Taoufik Jebali a tenu à souligner l’importance de ce geste lorsqu’il est partagé avec d’autres figures oubliées. En acceptant cette distinction aux côtés de l’artiste Mohamed Idris, il a souhaité saluer une démarche de réhabilitation collective indispensable pour des parcours qui n’ont pas toujours reçu la reconnaissance escomptée.
L’artiste a toutefois tenu à rappeler que l’hommage institutionnel ne devait pas se limiter à une simple célébration festive ou symbolique occultant la dure réalité du terrain. Selon lui, la véritable valorisation des créateurs passe par l’amélioration des conditions matérielles et institutionnelles de production.
Une vision partagée par Mounir Ergui, ancien directeur des Journées théâtrales de Carthage, et par le directeur du Théâtre national, Moez Mrabet, qui a salué dans son allocution de clôture la transmission d’un savoir vivant dont la portée dépasse largement les enseignements théoriques des manuels.
Tekiano avec communiqué