Tunisie : une petite révolution médiatique

Les portails d’informations en ligne se sont multipliés, ces derniers temps, dans notre pays. Et bon an mal an, le nombre d’internautes tunisiens augmente aussi d’une année à l’autre. Selon les chiffres fournis par notre ministère des Technologies de la Communication, on est ainsi passé de 150.000 usagers de l’Internet en 1999, à 835.000 en 2004, pour atteindre les 1.745.610 en janvier 2008. Soit un lectorat potentiel intéressant pour un éditeur, sachant que cette catégorie de la population a généralement un niveau d’éducation plus élevé que la moyenne.

La caractéristique principale du web est sa réactivité. Une qualité sans équivalent sur n’importe quel autre support. Un article peut ainsi être mis en ligne en quelques clics. Chose inimaginable dans la presse papier, qui doit passer par une multitude de processus, ralentissant considérablement la diffusion de l’information, le plus important d’entre eux restant l’impression. Un processus lent, donc, et surtout particulièrement coûteux. Avec le web, pas de problèmes de distribution. Par définition, toutes les régions du pays reçoivent en même temps les dernières nouvelles via leur site web favori. Une qualité particulière qui fait du net un support plus proche des autres médias électroniques comme la radio ou la télévision, que de la presse écrite imprimée. Dans le cas particulier des médias tunisiens classiques, quelques démarches administratives relativement rébarbatives contribuent aussi à refroidir les ardeurs des éventuels éditeurs. Soit autant de facteurs qui ont œuvré en faveur de l’éclosion de journaux en ligne dans notre pays.

Quelques pionniers comme notamment webmanagercenter.com, ont largement ouvert la voie. Mieux : ils ont même pu inspirer de nouvelles initiatives. Ce n’est donc pas tout à fait par hasard que les portails d’informations économiques et financières fleurissent dans le paysage du web tunisien. Une émulation qui tend à améliorer le niveau général du contenu de nos sites internet. Et à donner des idées aux plus ambitieux. C’est qu’aujourd’hui, lancer un journal en ligne ne paraît plus une idée aussi futuriste que saugrenue. Le concept a fait ses preuves en Amérique du Nord et en Europe et a même fini par faire école en Tunisie. Les plus rétifs aux nouvelles technologies sont devenus attentifs aux dernières évolutions de l’internet. Mais ont-ils réellement le choix ?

Avec l’augmentation progressive des débits proposés par nos fournisseurs d’accès, on pourrait même envisager, à moyen terme, et à condition que les tarifs continuent de baisser, un véritable boom des médias en ligne. Peut-être verrait-on des chaînes télévisées tunisiennes sur le net. Une radio, Tounesbledi en l’occurrence, attire d’ores et déjà les auditeurs, et fait de plus en plus parler d’elle. Le Web dans sa version 2.0, beaucoup plus participatif que ses avatars précédents, permet le développement de modèles hybrides, qui peuvent mixer toutes les techniques des médias «traditionnels». Des portails web tunisiens pourraient proposer à la fois du contenu écrit, des émissions diffusées en streaming ou clips téléchargeables, ainsi que de la musique, ou des interviews filmés. Les internautes participeraient ainsi aux émissions par tchat, pour un dialogue en temps réel, ou même par webcam. Soit une interactivité impossible à atteindre, même par la télévision. Les opérations du style «envoyez des sms» ne permettent, somme toute, qu’une participation limitée du spectateur. Imaginez un peu ce que serait une émission comme «Dlilek Mlak» sur internet !

Mais si l’audience de nos chaînes télévisées reste (pour l’instant), inaccessible pour les journaux en ligne, la bonne vieille presse imprimée se fait sérieusement bousculer. Tant au niveau mondial qu’à notre petite échelle tunisienne. Ce qui peut sérieusement agacer certains éditeurs, parfois malmenés par les évaluations médiamétriques. Les polémiques suscitées quasi-systématiquement par les études d’audience de bureaux comme MediaScann et Sigma Conseil en témoignent. Que les études en question concernent la presse écrite ou même nos chaînes de télévision. Et ce n’est qu’un début. Il s’agit d’une tendance lourde dans le paysage médiatique international, qui commence tout juste à faire sentir ses effets. Des mastodontes comme General Motors investissent massivement dans la pub sur le web. A notre échelle locale, des banques, des distributeurs de voitures, et des entreprises aussi importantes que Tunisie Télécom ou Tunisiana n’hésitent plus à miser sur internet.

Autant d’éléments qui tendent à confirmer que nous sommes à la veille d’une véritable petite révolution médiatique. Même dans un pays comme le nôtre, où les médias ne tiennent pas toujours compte du changement.

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